Commentaire sur la traduction de Joël 2.32

Aux versets précédents, c’est le Seigneur qui avait la parole. Ce n’est pas nécessairement le cas dans le dernier verset de cette strophe. C’est certainement le prophète qui reprend la parole pour conclure cette strophe au nom du SEIGNEUR. Du point de vue stylistique, ce verset est très emphatique : il est entouré d’une enveloppe ou inclusion formée par le verbe clé appeler. Il est aussi caractérisé par une répétition, car la même notion est exprimée de plusieurs manières : sauvé, rescapés, survivants.

Alors rend une expression hébraïque plus longue : la conjonction וְ we « et » suivie du verbe היה hâyâh « être », ce qui veut dire « il arrivera que ». Certains commentateurs pensent que cette expression marque le début d’une nouvelle idée dans le discours, tandis que d’autres parlent d’une conclusion importante. En effet, ici le prophète affirme que tout individu, sans distinction, pourra être sauvé, une nouveauté dans la théologie de l’AT. Les traducteurs devraient essayer de marquer cette emphase dans leur langue.

quiconque invoquera le nom du SEIGNEUR sera sauvé : le prophète fait une déclaration de portée générale, même universelle. quiconque traduit l’expression en hébreu כֹּל kôl qui veut dire « tous », « tout » qui se réfère à tout être humain, sans distinction d’origine.

invoquer traduit l’hébreu, קרא qârâʾ, « appeler ». invoquer le nom de quelqu’un, c’est appeler la personne elle-même, et dans ce cas, « appeler au secours », « appeler pour la délivrance ». Il y a derrière cette expression, l’idée de « tourner vers », d’« adorer réellement ».

sera sauvé : il ne s’agit pas de la racine sauver ou « délivrer » utilisée dans le livre des Juges. Ici c’est le verbe מלט mâlaṭ qui veut dire le plus souvent « s’échapper ». Il s’agit de s’échapper du jugement terrible qui sera prononcé au jour du Seigneur. Ici, comme dans le vers précédents, les verbes invoquera, sera sauvé sont au futur en hébreu.

En effet, il y aura des rescapés : c’est une explication du vers précédent. En effet (hébreu כִּי kî) introduit une explication ou une affirmation, que certains rendent par « car », en effet ou « parce que ».

il y aura des rescapés sur la montagne de Sion et à Jérusalem : en hébreu, les circonstants de lieux, sur la montagne de Sion et à Jérusalem, sont au début de la phrase où ils sont accentués.

des rescapés sont des gens qui vont rester en vie après le jour du SEIGNEUR (au cours duquel beaucoup de gens vont mourir). Il s’agit de la même racine verbale que le mot ci-dessus : sauvé. On peut traduire par « les gens qui seront toujours en vie » (voir Parole de Vie).

sur la montagne de Sion et à Jérusalem : le Mont Sion est situé à Jérusalem. Dans la poésie hébraïque, Sion est une sorte de sobriquet pour la ville de Jérusalem. Les deux noms paraissent souvent ensemble comme une paire de mots. Pour Sion, voir Joël 2.1, Joël 2.15, Joël 2.23. Les traducteurs ne doivent pas se tromper : il ne s’agit pas de deux endroits, comme la traduction de la Traduction œcuménique de la Bible pourrait suggérer. La Parole de Vie renverse l’ordre qui rend l’idée plus clairement en français : « à Jérusalem, sur le mont Sion ». Sion est à Jérusalem et désigne l’endroit où le temple fut construit.

comme le SEIGNEUR l’a dit : cette proposition semble rappeler l’accomplissement d’une prophétie, une promesse faite par le Seigneur à son peuple. Il s’agit selon les commentateurs de la prophétie d’Abdias (verset 17) qui dit en Bible en français courant :

Alors sur le mont Sion,
qui m’appartiendra de nouveau tout à fait,
des rescapés trouveront asile.

parmi les survivants que le SEIGNEUR appelle : avec le verbe appelle, ces mots ferment l’enveloppe commencée au début du verset. Il y a presque un jeu de mots, sous forme de chiasme .

Le plan du SEIGNEUR permet aux gens d’être sauvés et cette idée est accentuée par cette structure marquée. Le chiasme clôt aussi cette strophe.

Le mot survivant est un synonyme du mot rescapé. Si la langue cible n’a qu’un seul mot, le même mot peut être utilisé pour les deux mots en hébreu.

Source: Aroga Bessong, Dieudonné P.; Somé, Joachim & Zogbo, Lynell. Joël – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2010.

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