Commentaire sur la traduction de Joël 2.18

2.18-27

Dans cette section, Dieu répond à la repentance et aux prières du peuple en promettant de rendre sa terre fertile à nouveau. Les sauterelles disparaîtront, la pluie reviendra, les plantes produiront encore des fruits, et le peuple louera le Seigneur.

Les différentes versions ne donnent pas toujours la meilleure division des strophes ici. Joël 2.18 présente Yahweh en train de parler. Joël 2.21 offre les paroles du prophète, qui donne trois ordres : l’un à la terre, un autre aux animaux, et le dernier au peuple. Enfin dans Joël 2.25, Yahweh reprend la parole.

Dans la littérature prophétique en hébreu, les locuteurs prennent fréquemment la parole à tour de rôle sans avertissement. Il est possible que le prophète s’adressait de cette manière à ses auditeurs, tantôt parlant au nom de Yahweh, tantôt parlant comme son porte-parole. Mais dans cette partie, le tour de parole suit un schéma formel et il y a lieu de le refléter dans la traduction. On peut ainsi avoir au début de Joël 2.19, le nom « Yahweh » figurant à gauche ou entre parenthèses. Au lieu d’adopter cette solution, la Bible en français courant introduit la prière par « Le Seigneur répond ainsi… », tout comme la Parole de Vie : « Voici ce qu’il lui répond ». Les traducteurs devraient être sensible à ce problème à travers ce passage et trouver des solutions susceptibles d’aider le lecteur à savoir qui est en train de parler à tel moment ou à tel autre.

La Bible en français courant a ici pour sous-titre : « Le Seigneur répond à son peuple ». On pourra dire aussi : « Dieu bénira le pays » ou « Le Seigneur fera que la terre recommence à produire ».

Le SEIGNEUR déborde de zèle : le connecteur hébreu (וְ we) ici marque le prochain événement après la repentance du peuple de Dieu, mais la majorité des versions françaises l’omettent. La Bible de Jérusalem dit « Or ». On pourra aussi dire « Après cela ».

Le SEIGNEUR déborde de zèle pour son pays : le mot hébreu rendu par zèle ici veut dire « jalousie », mais ce vers ne signifie pas que Yahweh est jaloux ou fâché comme un mari dont l’épouse est prise par un autre homme. Il montre l’intense intérêt et le souci de Dieu, son zèle ou son amour pour le pays de Juda. Ce zèle est un sentiment éprouvé pour autrui quand cette personne est négligée ou n’a pas le traitement qu’elle mérite. La Bible en français courant a « Le Seigneur aime son pays ». Cela est correct mais manque d’intensité. Il serait alors plus exacte de dire « Après cela, le Seigneur s’inquiétait beaucoup pour son pays » ou, comme la Parole de Vie, « Le Seigneur est plein d’amour pour son pays ». Ce genre de sentiment peut être rendu par une expression idiomatique comme « le cœur du Seigneur est en haut pour son peuple » ou « Le Seigneur aime son pays dépassé le degré ». En fait, le pays représente le peuple qu’il aime ardemment.

Il a pitié de son peuple : ce vers est parallèle mais insiste sur la compassion ou la pitié que le Seigneur a pour son peuple. Une expression idiomatique pourra servir ici. Comme résultat de cette pitié, Dieu va restaurer son peuple et son pays, dévastés par les sauterelles et la sécheresse.

Les verbes hébreux dans ce passage (2.18-19a) sont à l’imperfectif avec le connecteur hébreu וְ we (« et »). Normalement, ces verbes marquent la narration d’événements au passé, mais certaines versions utilisent un présent ici. Les traducteurs devraient utiliser les formes verbales qui conviennent dans leur langue.

Source: Aroga Bessong, Dieudonné P.; Somé, Joachim & Zogbo, Lynell. Joël – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2010.

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