Commentaire sur la traduction de Joël 1.7

Deux éléments, la vigne et les figuiers, représentent ce que le pays a de cher et d’important. Il se réfère toujours à cette armée de peuple ou d’insectes attaquant le pays.

Il fait de ma vigne un désert : Il dans la Traduction œcuménique de la Bible se réfère à l’armée envahissante. Dans plusieurs langues, un pronom pluriel sera utilisé ici pour parler des insectes qui attaquent les vignes. Dans le texte hébreu, littéralement « il a mis ma vigne (en) une désolation », il y a un jeu de mots, car le verbe « mettre » et le mot « désolation » se ressemblent : שָׂם… שַׁמָּה šâm… šammâh.

La vigne est une plante grimpante qui donne le fruit sucré décrit ci-dessus, le raisin, dont le jus est utilisé pour faire le vin (voir Joël 1.5). Cette plante joue un rôle très important dans la vie des Israélites et il sera difficile de le contourner dans la traduction de la Bible. De nos jours, beaucoup de gens ont vu des images de raisins, même si ceux-ci ne poussent pas chez eux. Ainsi beaucoup de traductions translittèrent le mot « raisin » en disant « arbre » ou « plante de raisin ». Souvent une explication est donnée dans le glossaire. Le possessif, ma vigne, montre que ce pays et tout ce qu’il contient appartient à Dieu.

désert : le plus souvent ce mot désigne un endroit aride, mais ici l’accent est mis sur l’aspect dévasté ou vide d’un endroit. Si ce langage figuré s’avère difficile, on pourra reformuler en disant : « Ils ont complètement détruit nos champs de raisins ». Dans certaines langues, on pourra utiliser des idéophones pour évoquer la destruction totale des champs.

mes figuiers, il les réduit en pièces : le poète semble très touché par la destruction des figuiers, car il y consacre trois vers. L’emploi du possessif mes ajoute au ton émotif de ce passage.

Le figuier est un arbre fruitier de la Palestine qui donne des fruits très sucrés. Les Hébreux séchaient ces fruits et les gardaient en forme de gâteaux qu’ils pouvaient emporter avec eux à tout moment. En Israël, le figuier symbolise la fertilité et la prospérité (voir Amos 4.9). Dans certains pays on connaît les figuiers tels qu’ils poussent en Israël. Dans d’autres, il y a un arbre qui ressemble au figuier, mais qui n’est pas identique. Si le mot local désigne un arbre qui donne des fruits sucrés et comestibles, il peut être retenu. Sinon il vaut mieux translittérer ce mot. Dans certaines cultures, un arbre appelé figuier donne des fruits réservés aux animaux. Le nom d’un tel arbre prêtera à confusion et devra être alors évité dans la traduction.

il les réduit en pièces : en hébreu, il n’y a que deux mots, « pour branche ». Ce vers est parallèle au précédent et n’a pas de verbe, littéralement « (il a mis) mes figuiers en branches (nues) ». Il s’agit d’une ellipse, et le verbe sous entendu est celui du vers précédent « mettre ». Si la langue cible connaît l’ellipse, le traducteur peut imiter l’hébreu ici. Sinon, on doit fournir un verbe comme la Traduction œcuménique de la Bible l’a fait ici.

Il les pèle : l’hébreu a une construction emphatique : « dépouillé il est dépouillé ». Les traducteurs devraient trouver un équivalent dans leur langue pour cette expression très forte. Le verbe hébreu utilisé ne se trouve qu’ici dans tout l’Ancien Testament. Certains pensent qu’il s’agit de couper ou de peler. Les insectes dévorent les feuilles et l’écorce des arbres. La Bible en français courant et la Parole de Vie combinent ces deux vers et disent « ils les détruisent complètement ». Dans plusieurs langues, une idéophone peut être utilisée ici.

il les jette à terre : les figuiers se trouvent même par terre. La Bible de Jérusalem et la Nouvelle Bible Segond disent qu’ils sont « abattus ».

leurs rameaux sont devenus blancs : ici le langage devient très concret et la Traduction œcuménique de la Bible rend assez littéralement cette phrase. On y voit l’effet dévastateur de ces insectes innombrables, qui attaquent les feuilles vertes des figuiers. Il ne reste plus rien et leurs branches sont nues et blanches. On pourra dire « ils n’ont plus d’écorce ». Comme c’est souvent le cas chez Joël, derrière cette description agricole, il y a l’image du dépouillement total d’Israël. Le traducteur fera bien de garder ce langage figuré sans trop d’explication, laissant au lecteur le soin d’appliquer les images à la situation en Israël. feuilles ou fruits ?

Source: Aroga Bessong, Dieudonné P.; Somé, Joachim & Zogbo, Lynell. Joël – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2010.

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