Paul arrête ses conseils à Timothée (à la deuxième personne) et commence à faire des remarques d’ordre général concernant le serviteur du Seigneur idéal. La conjonction δέ de sert de transition et ouvre ces propos. Plusieurs versions disent Or et d’autres disent « et ».
un serviteur du Seigneur est littéralement « un esclave du Seigneur ». Paul utilise souvent le mot δοῦλος doulos, « esclave », dans ses lettres, parfois au sens littéral (1 Tim 6.1) et parfois, comme ici, au sens figuré. En Tite 1.1 Paul va se donner le titre d’« esclave de Dieu ». La traduction de ce mot, surtout dans ce contexte figuré pose beaucoup de problèmes pour les traducteurs. Gênées par les connotations négatives du mot « esclave », beaucoup de versions dans de nombreuses langues préfèrent parler de serviteur. La Nouvelle Bible Segond est parmi les seules traductions en français qui disent « esclave du Seigneur ». Les traducteurs devraient faire leur choix de traduction mais devraient éviter des mots trop faibles ou ceux qui désignent quelqu’un qui reçoit un salaire. Malgré sa connotation négative, en fait, le mot ou l’image d’« esclave » évoque beaucoup de vérités importantes pour le chrétien, en l’occurrence : l’esclave n’appartient pas à lui-même mais à son maître. Il ne gagne pas un salaire, mais son maître s’occupe de tous ses besoins : logement, nourriture, protection, etc. Dans la situation idéale, il y a un lien de loyauté entre le maître et l’esclave. Dans certaines langues, le singulier pourrait être exprimé par un pluriel, « les serviteurs du Seigneur ne devraient pas… » Ces propos s’applique à Timothée, mais exprimé à la troisième personne, ces propos semblent s’appliquer à n’importe quel responsable et même tout chrétien.
Seigneur : la majorité des biblistes pensent qu’il s’agit de Jésus-Christ, mais aucune version ne le spécifie. Les traducteurs devraient aussi laisser l’ambiguïté ici.
ne doit pas se quereller rend un verbe apparenté à querelles (2 Tim 2.23). Le verbe grec « se battre » n’est attesté qu’ici dans tout le NT. Cette recommandation négative est immédiatement renforcée par la mention de trois qualifications positives.
mais être affable envers tous : Paul commence sa liste de qualifications positives par une conjonction contrastive forte, ἀλλά alla, « mais ».
affable rend un terme rare mais assez général qui veut dire « bon », « gentil », « doux ». La Bible en français courant et la Parole de Vie parlent d’« aimable ». La traduction de la Bible de Jérusalem, « accueillant à tous », est peut-être un peu trop précis.
envers tous semble sous-entendre même les adversaires.
capable d’enseigner rend un seul mot en grec, un adjectif. On pourrait dire « apte à enseigner » (Nouvelle Bible Segond). Il est sous-entendu qu’il s’agit d’enseigner la doctrine chrétienne. Voir 1 Tim 3.2.
supportant les contrariétés rend aussi un seul mot en grec, un adjectif composé qui veut dire « supportant le mal » ou « les difficultés ». La Bible en français courant et Parole de Vie suggèrent « capable… de supporter les critiques », mais la Bible de Jérusalem est peut-être un meilleur modèle : « patient dans l’épreuve ». Le contexte laisse entendre qu’ici il s’agit non de persécutions physiques, mais d’opinions contraires à l’Évangile, soutenues même par certains membres de la communauté chrétienne.
Source: Zogbo, Lynell & Ellingworth, Paul La deuxième lettre à Timothée – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.
