C’est encore ce qu’avait prédit Ésaïe est litt. « et comme prédit Ésaïe ». Les différentes versions soulignent qu’il s’agit d’un nouvel exemple, C’est encore (Traduction œcuménique de la Bible), « Et comme le même Ésaïe l’avait dit auparavant » (Bible en français courant). Le verbe utilisé veut dire « prévenir », « dire auparavant » (Bible en français courant, Segond Révisée) ou « dire d’avance » (Nouvelle Bible Segond). Dans la pensée de Paul, il s’agit de la prédiction par Ésaïe d’un fait qui allait se réaliser dans l’avenir.
Encore une fois, la citation du prophète présente une affirmation en forme de condition-conséquence : Si le Seigneur… ne nous avait laissé… nous serions devenus…. La première proposition présente un fait réel, « si le Seigneur n’avait pas… », proposition qui implique que le Seigneur a, en fait, fait ceci. La deuxième proposition, nous serions devenus… ne s’est pas réalisée, autrement dit, « ils ne sont pas devenus… » Cette structure peut être reproduite dans de nombreuses langues. Dans les deux propositions, nous renvoie au peuple juif.
le Seigneur des armées rend l’expression grecque, κύριος Σαβαὼθ kurios Sabaôth, un nom de Dieu utilisé très fréquemment dans l’AT. Elle n’apparait que rarement dans le NT. Voir Jacq 5.4. Dans plusieurs versions, cette expression est rendue comme dans la Traduction œcuménique de la Bible, « Dieu, Seigneur des armées ». En effet, ce nom apparaît souvent dans des contextes militaires (1 Sam 15.2 ; 17.45). La version La Bible du Semeur propose une traduction similaire « Dieu des armées célestes ». Cependant, de nos jours, cette traduction est souvent contestée, les versions adoptant une traduction reflétant la domination de Dieu sur l’univers, ainsi : « le Seigneur de l’univers » (Bible en français courant), « le Seigneur Dieu de l’univers » (Parola del Signore), « le Seigneur, le souverain du monde » (Die Gute Nachricht), « le Seigneur tout-puissant » (Good News Bible, Dios Habla Hoy). Dans certaines langues, ce sera « le Seigneur qui est plus fort que tout » ou « le Seigneur, maître de toutes choses ».
ne nous avait laissé une descendance : le prophète affirme que Dieu leur a, en fait, laissé une descendance, utilisant encore le terme grec. σπέρμα sperma. Voir Rom 1.7. Dans la culture biblique, et chez les Juifs, avoir une descendance est extrêmement importante, ne pas en avoir un grand malheur, voir une honte. La Bible en français courant parle de « quelques descendants », peut-être en rapport avec l’idée de « reste » en Rom 9.27, mais il est important de citer le texte tel que Paul le cite ici.
nous serions devenus comme Sodome, semblables à Gomorrhe : en écoutant ou en lisant ces lignes, ceux qui connaissaient la Torah allaient reconnaître tout de suite les références à Sodome et Gomorrhe, deux villes détruites par Dieu (voir Gen 19.13-28). Si cette histoire n’est pas familière, on spécifiera « comme la ville de Sodome, comme la ville de Gomorrhe » (Parole de Vie). Nous serions devenus exprime un événement hypothétique qui ne s’est pas réalisé. C’est ce qui allait se passer si la condition de la première proposition tenait. Dans beaucoup de langues, il vaut mieux rendre explicite : « nous serions détruits » ou peut-être plus spécifiquement encore, « nous resterions sans descendance comme Sodome et Gomorrhe ».
Au lieu d’introduire la citation par un « Si » conditionnel, la Parole de Vie reformule la phrase, indiquant qu’il s’agit d’un fait, et non d’une éventualité, en disant « Le Dieu tout-puissant nous a laissé quelques enfants. Sinon, nous serions devenus comme la ville de Sodome… » Cette traduction ne rend ni la poésie ni la force de l’original. Les traducteurs devront essayer de rendre et le sens et le style et l’émotion.
Source: Margot, Jean-Claude & Zogbo, Lynell. La lettre aux Romains – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.
Leave a Reply
You must be logged in to post a comment.