Commentaire sur la traduction de la lettre aux Romains 8.32

Paul pose une autre question, mais commence par décrire Dieu comme celui qui n’a pas épargné son propre Fils mais l’a livré pour nous tous. Dans beaucoup de langues, il vaut mieux rendre explicite le sujet de la phrase en disant « Dieu qui n’a pas épargné… » Dans certaines langues, un mot de transition, comme « en effet », sera peut-être nécessaire.

n’a pas épargné son propre Fils mais l’a livré pour nous tous : pour les Juifs, ces mots peuvent être compris en premier lieu comme une allusion au récit d’Abraham qui a été prêt à sacrifier son fils Isaac. En Gen 22.16, la Traduction œcuménique de la Bible dit « tu… n’as pas épargné ton fils unique ». L’ancienne version grecque emploie là le même verbe grec qu’ici : φείδομαι pheidomai, épargner. Le verbe signifie « empêcher de », « éviter ». En 1 Cor 7.28, Paul dit qu’il veut épargner les chrétiens de souffrir. La Parole de Vie est très claire ici : « Même à son Fils, Dieu n’a pas évité la souffrance ».

mais l’a livré pour nous tous : en grec, la conjonction ἀλλά alla, mais introduit un contraste très fort. Au lieu d’épargner son… fils, Dieu le livre. Pour livrer, voir Rom 1.24, Rom 1.26, Rom 1.28 ; Rom 4.25. On pourrait expliciter en disant « il l’a offert en sacrifice pour nous tous ».

comment, avec son Fils, ne nous donnerait-il pas tout ? est litt. « comment ne pas aussi avec lui toutes choses nous donnera-t-il gratuitement ? » Dans certaines langues, une affirmation positive exprimera ce message mieux qu’une question, par exemple, « c’est clair qu’avec son Fils, il nous donnera tout ! ». Plusieurs versions rendent explicite son Fils. Le verbe donner n’est pas le verbe générique mais une forme spéciale liée à la racine χάρις charis, qui parle d’un don généreux et non mérité. La Nouvelle Bible Segond essaie de rendre cette idée en disant « ne nous donnera-t-il pas… tout… par grâce ? »

Paul affirme que Dieu nous donnera tout. Certains y voient tout « ce qui vient d’être énuméré (cf. Rom 8.28) » (Viard, p. 194). Selon Godet (p. 221-22), il s’agit de « toutes les grâces que réclamera l’accomplissement de notre salut ». La Bible de Jérusalem parle de « toute faveur ». Néanmoins, la majorité retient tout qui laisse l’interprétation aux lecteurs-auditeurs.

Source: Margot, Jean-Claude & Zogbo, Lynell. La lettre aux Romains – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.