Commentaire sur la traduction de la lettre aux Romains 6.10

Paul affirme que les chrétiens devraient suivre le modèle du Christ qui meurt au péché et vit pour Dieu. Ce verset est caractérisé par la répétition de la racine mourir qui se trouve deux fois ici, de même que la racine vivre. L’apôtre formule ses pensées comme des lignes parallèles.

Car en mourant, c’est au péché qu’il est mort est une traduction assez proche du grec. La Traduction œcuménique de la Bible choisit de rendre la conjonction διά dia par Car, introduisant, semble-t-il, une raison. La Nouvelle Bible Segond opte pour « en effet », mais beaucoup de versions omettent cette conjonction.

en mourant est la traduction de la Traduction œcuménique de la Bible et de la Bible en français courant, mais le grec dit « car qui est mort », avec une forme au passé de l’aoriste. Il s’agit de Christ, ce que la Parole de Vie rend explicite en disant « Le Christ est mort ».

c’est au péché qu’il est mort : en grec, l’expression au péché est aussi mise en relief au début de la proposition. Il sera difficile dans certaines langues de dire que Christ est mort au péché. On pourrait alors dire « il est mort en ce qui concerne le péché », « …par rapport au péché » (Bible en français courant) ou « il est mort et le péché n’a plus aucun pouvoir sur lui ». Le traducteur doit éviter tout malentendu. Paul n’est pas en train de dire que Christ péchait. Il veut dire que bien que le Christ ait vécu dans un monde où le péché dominait la vie humaine, par sa mort il a été libéré de cet aspect de l’existence terrestre.

une fois pour toutes rend un seul mot en grec, mais les traducteurs sont libres de l’exprimer de plusieurs manières, par exemple, « Jésus est mort une seule fois. C’est terminé », etc.

vivant, c’est pour Dieu qu’il vit est la proposition parallèle qui contraste avec ce qui précède. Cette proposition commence par la conjonction δέ de, que certaines versions expriment par « mais » (Bible en français courant, Bible de Jérusalem). Pour marquer le contraste, certains ajoutent « maintenant » : « mais maintenant qu’il est vivant, il vit pour Dieu » (Bible en français courant). La Traduction œcuménique de la Bible essaie de rendre le parallélisme en utilisant un participe, mais cette forme n’apparaît pas en grec. La Nouvelle Bible Segond emploie chaque fois un conditionnel : « s’il est mort… s’il vit… » La Traduction œcuménique de la Bible aussi met Dieu en relief au début de la proposition, mais en grec ce mot apparaît en fin de phrase : « il vit pour Dieu » (Bible en français courant).

Paul conçoit donc la mort du Christ d’une façon positive. Cette mort non seulement libère le Christ du monde où le péché règne sur les vies humaines, mais elle est encore le moyen par lequel il entre là où il jouit d’une communion ininterrompue avec Dieu.

Source: Margot, Jean-Claude & Zogbo, Lynell. La lettre aux Romains – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.