1.16-17
La Traduction œcuménique de la Bible commence une nouvelle section qu’elle intitule La justice de Dieu, inspiré de Rom 1.17. De son côté, Bible en français courant propose La puissance de la Bonne Nouvelle qui s’inspire plus particulièrement de Rom 1.6. La Parole de Vie offre un titre clair et direct en disant « La Bonne Nouvelle est la puissance de Dieu ». On pourrait aussi dire « La Bonne Nouvelle de Dieu est puissante » ou « peut faire des choses puissantes ».
Bien que la Traduction œcuménique de la Bible et d’autres versions commencent une nouvelle section ici, Paul poursuit sa pensée en donnant une sorte de définition de ce qui constitue la Bonne Nouvelle (1.16b et Rom 1.17). Ce texte commence par la conjonction γὰρ gar qui peut introduire une raison ou une justification pour ce désir ardent de communiquer l’Évangile. On pourrait opter pour Car (aussi Nouvelle Bible Segond, Bible de Jérusalem, La Bible du Semeur) ou omettre la conjonction (Bible en français courant, Parole de Vie). Les traducteurs peuvent lire leur traduction à haute voix et décider quel lien logique dans leur langue conviendra ici.
je n’ai pas honte de l’Évangile : Paul commence une série d’affirmations très fortes concernant l’Évangile. Dans le monde antique, comme dans certaines cultures de nos jours, les notions de honte et d’honneur sont fondamentales. Paul dit d’une manière très forte qu’il n’a pas honte de l’Évangile. Il n’a ni honte de son message ni honte d’y être associé et de l’annoncer. Certaines versions transforment la phrase négative en positive : « J’ai une confiance entière dans l’Évangile » (Good News Translation), « Car je suis fier de l’Évangile » (La Bible du Semeur), mais celles-ci semblent diminuer l’impact de l’original. La traduction de la Bible de Jérusalem (« je ne rougis pas ») ne sera pas appropriée dans beaucoup de cultures. Dans certaines langues la notion de honte s’exprime à travers des expressions idiomatiques. Les traducteurs devraient se servir de celles-ci.
il est puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit : cette affirmation montre pourquoi Paul est prêt à annoncer la Bonne Nouvelle « sans honte ». En grec, il y a encore la conjonction διά dia qui semble introduire la raison pour laquelle Paul n’a pas honte. Mais la majorité des versions françaises préfèrent ne pas la traduire, et certaines substituent un deux points ( :) pour introduire ce qui suit (voir Traduction œcuménique de la Bible, Bible en français courant, Bible de Jérusalem).
L’apôtre assimile la Bonne Nouvelle à la puissance de Dieu. La puissance (δύναμις dunamis) est le même mot qui se trouve en Rom 1.4 et qu’on aura encore cinq fois dans cette lettre ( Rom 1.20 ; Rom 8.38 ; Rom 9.17 ; Rom 15.13, Rom 15.19). Dans les dernières instances, le mot est associé à l’Esprit saint, mais ici il s’agit d’une référence à Dieu le Père. L’Évangile, provenant du Dieu puissant, est lui-même puissant parce qu’il a la capacité de sauver les gens. La Bible en français courant dit « elle est en effet la force dont Dieu se sert… » Plusieurs versions commencent une nouvelle phrase ici, par exemple « Car je suis fier de l’Évangile : c’est la puissance de Dieu par laquelle il sauve… » (La Bible du Semeur).
pour le salut représente la conjonction εἰς eis, avec le sens « en vue de », suivie du nom σωτηρία sôtêria, salut. On trouve ce mot clé cinq fois dans cette lettre et plus de dix fois dans les autres écrits de Paul. Dans l’AT, le terme en hébreu suggère souvent la délivrance d’un danger physique ou matériel, mais ici et ailleurs dans le NT il renvoie au salut des chrétiens, c’est-à-dire à la délivrance du pouvoir du péché qui est possible grâce à la mort sacrificielle et à la résurrection de Jésus-Christ. Dans plusieurs langues, une tournure verbale sera appropriée et plus naturelle, par exemple, « pour sauver tous ceux qui croient » (Bible en français courant), sous-entendu « croient en Christ ». Dans certaines langues, il sera nécessaire de l’expliciter.
du Juif d’abord, puis du Grec : les mots Juif et Grec au singulier ont une valeur collective dans ce contexte. Beaucoup de versions utilisent des pluriels « Juifs » et « Grecs ». Historiquement, l’Évangile a été annoncé d’abord aux Juifs, et ensuite aux Grecs. En effet, Jésus lui-même était Juif, ainsi que ses premiers disciples.
Juif : c’est la première fois que ce mot apparaît dans cette épître, mais il reviendra à de nombreuses reprises. Le mot provient du mot « Juda » (יהודי Yehoûdî en hébreu), le quatrième fils de Jacob et Léa, qui devient le patriarche de l’une des tribus d’Israël. Par la suite, l’une des régions où vivent les Juifs prendra ce nom et celui-ci sera même appliqué à tout un royaume, le royaume de Juda. Comme le peuple juif existe toujours, habitant non seulement Israël mais beaucoup d’autres pays dans le monde, il vaut mieux translittérer ce terme.
Grec : dans ce contexte le mot s’oppose au mot Juif. Ainsi il est clair que le mot renvoie non seulement aux gens de culture grecque (voir Rom 1.14), mais à toutes les personnes non-juives. Certaines versions (Bible en français courant, La Bible du Semeur) parlent de « Juifs… et les non-Juifs ». La Parole de Vie dit plutôt « les Juifs d’abord, les autres ensuite ». On pourrait rendre explicite en disant « tout d’abord les Juifs, et ensuite ceux qui ne sont pas juifs ». Étant donné que cette distinction revient à plusieurs reprises dans cette épître, il sera bon d’en parler dans l’introduction du livre.
Source: Margot, Jean-Claude & Zogbo, Lynell. La lettre aux Romains – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

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