Commentaire sur la traduction de la lettre aux Éphésiens 3.6

Ce verset explique en quoi consiste ce mystère, le secret dont l’auteur vient de parler. Il s’agit du salut des non-Juifs en Jésus-Christ, par le moyen de l’Évangile. Paul reprend ici la pensée entamée dans 3.3a, après la digression du 3.3b-5. Bien qu’il ne figure pas en grec, plusieurs versions réintroduisent les mots « le mystère » ici : « Voici ce secret : … » (Bible en français courant), « Voici ce mystère… » (Parole de Vie). Plusieurs versions décident de terminer 3.5 par les deux points qui introduisent l’explication dans ce verset-ci. La Nouvelle Bible Segond fait ainsi, mais ajoute une expression de transition, « à savoir que… » Dans de nombreuses langues, il vaut mieux commencer une nouvelle phrase, avec une expression de transition. La Bible en français courant et la Parole de Vie offrent des modèles utiles.

Paul présente le contenu du mystère en citant trois mots composés. Chacun a un préfixe lié à la préposition συν- sun- « ensemble avec ». Cette répétition de συν- sun- souligne que les non-Juifs jouissent ensemble des mêmes privilèges que les Juifs. La réalité de ce partage est exprimée dans plusieurs versions (Traduction œcuménique de la Bible, Nouvelle Bible Segond, Bible de Jérusalem) à l’aide du mot même repris trois fois. Dans la Bible en français courant ce partage est rendu plus explicitement par les mots « avec les Juifs », « même », et « eux aussi ». Les traducteurs doivent assurer que le sens de συν- sun-, « ensemble avec », ressort dans leur traduction. Au besoin, ils peuvent répéter « ensemble avec les Juifs » chaque fois qu’un privilège est énuméré.

les païens sont admis au même héritage : pour païens, voir Éph. 2.11.

sont admis au même héritage : il s’agit du premier des trois bénéfices dont profitent les non-Juifs, ensemble avec les Juifs. En grec il n’y a qu’un seul mot : le préfixe συν- sun- suivi du mot héritiers (συγκληρονόμος sunklêronomos), avec le sens, « héritiers ensemble ». Le même mot-composé se trouve en Rom 8.17 ; Hébr 11.9 et 1 Pi 3.7. Pour héritage, voir Éph. 1.14. La Bible en français courant et la Parole de Vie rendent bien l’idée ici, même si leur traduction est très longue, respectivement : « les non-Juifs sont destinés à recevoir avec les Juifs les biens que Dieu réserve à son peuple » et « ceux qui ne sont pas juifs reçoivent en partage les mêmes biens que les Juifs ».

membres du même corps : il s’agit du deuxième mot composé de la préposition συν- sun- « ensemble avec » et un nom, ici σωμα sôma « corps ». Il s’agit de l’union des Juifs et des non-Juifs dans un même corps, qui est celui du Christ, l’Église. Voir Éph. 2.16. Si la langue cible n’a pas de mot général pour membres (les bras, les jambes, etc.), on peut parler des « parties du même corps » ou dire « Ils font partie du même corps » (Parole de Vie).

Pour corps, voir Éph. 1.23 ; Éph. 2.16. La Bible de Jérusalem y voit une allusion à Christ et met une lettre majuscule : « membres du même Corps ». La version allemande, la Die Gute Nachricht, rend explicite : « sont une partie du corps appartenant au Christ ». Mais il vaudrait peut-être mieux laisser aux lecteurs l’interprétation de cette image. Dans certaines langues, on pourra avoir recours à une métaphore ou une comparaison : « (joints ensemble) comme les membres » ou on pourra ajouter une expression telle que « pour ainsi dire » pour montrer qu’il s’agit de langage figuré.

associés à la même promesse, en Jésus Christ : le verbe associés traduit un mot composé : συν- sun- « ensemble avec » suivi du mot συμμέτοχος summetochos « partenaires » ou associés. Dans certaines langues, on dira qu’ils « partagent ensemble » la même promesse. Il y a plusieurs possibilités : « ont part à » (La Bible du Semeur), « participent à » (Nouvelle Bible Segond) ou comme la Bible de Jérusalem suggère, « ils sont bénéficiaires de la même promesse ».

La promesse semble d’abord une référence à l’alliance conclue entre Dieu et son peuple, mais l’expression qualificative, en Jésus Christ, élargit le sens à tous les bienfaits associés à l’Évangile : le pardon, le salut, la vie. Forts de leur statut en tant que peuple de Dieu, les Juifs ont accès à la promesse de Dieu. Maintenant les non-Juifs y ont accès, eux aussi, par leur foi en Jésus Christ.

en Jésus Christ : en grec il s’agit de « Christ Jésus ». Selon certains exégètes, en Jésus Christ modifie les trois privilèges dont bénéficient les non-Juifs, non seulement le dernier. C’est l’interprétation de la Parole de Vie qui met ces mots en début de phrase : « Voici ce mystère : en étant unis au Christ Jésus … ceux qui ne sont pas juifs reçoivent… » Mais d’autres y voient un rapport plus étroit avec le dernier bénéfice. Ainsi la Bible en français courant parle de « la promesse que Dieu a faite en Jésus-Christ ».

par le moyen de l’Évangile dans le grec vient à la fin du verset, un ordre suivi par la Traduction œcuménique de la Bible. Mais la Bible en français courant et la Parole de Vie le placent au début où il semble modifier tous les bénéfices offerts aux non-Juifs, et non seulement le troisième. Les traducteurs devraient suivre l’interprétation qu’ils préfèrent. par le moyen de est une seule préposition en grec qui veut dire « à travers ».

Pour Évangile, voir Éph. 1.13.

Source: Zogbo, Lynell. La lettre aux Éphésiens – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2011.