Commentaire sur la traduction de l'Ecclésiaste 9.7

Deux impératifs sont suivis d’une explication introduite par la conjonction כִּי kî.

Bien que certains voient dans ce genre de conseil l’influence des philosophies étrangères de l’époque (Gilgamesh de Babylone) et de la littérature égyptienne, la tradition en matière de sagesse en Israël ne condamne pas les bénédictions matérielles, vues comme venant de la main de Dieu.

Va, mange avec joie ton pain, et bois de ton cœur ton vin : le même conseil est offert plus tôt, mais avec moins de détails. Voir Ecc 2.24 ; Ecc 3.12 ; Ecc 5.18 ; Ecc 8.15.

« Va » ne désigne pas un mouvement, mais marque une sorte d’emphase. Dans certaines langues, une traduction littérale sera bien comprise. Dans d’autres langues, il sera nécessaire de remplacer ce mot par d’autres mots qui ont le sens de « alors »

Mange avec joie ton pain : l’impératif n’est pas un ordre mais un conseil. Le mot לֶחֶם lèḥèm, pain, est un mot générique qui veut dire aussi « nourriture ». Dans certaines langues le mot pour manger sous-entend « nourriture ». Dans d’autres le mot pain conviendrait, et le possessif ton ne sera pas nécessaire. Pour avec joie, on pourrait aussi dire « Mange et sois heureux ».

Bois de bon cœur ton vin est le deuxième conseil et grammaticalement parallèle au vers précédent. de bon cœur veut dire « avec un cœur joyeux ». Voir Ecc 2.3 ; Ecc 5.10.

Pour vin, voir Ecc 2.3 On ne parle pas de boire du vin à l’excès. On pourrait bien combiner ces deux phrases : « Alors, mange et bois et sois heureux » ou « Mange et bois avec joie ».

Car Dieu a déjà agréé tes œuvres : bien qu’assez simple à traduire, cette proposition est un peu énigmatique. La conjonction כִּי kî semble introduire une explication et plusieurs versions la rendent par car. Le mot agréé rend la racine רצה rçh, qui signifie « approuver ». Voir Prov 3.12 ; 16.7.

Mais quel est le sens ici ? L’idée que Dieu a déjà approuvé certaines actions est difficile à comprendre. Pour déjà, voir Ecc 1.10. Dans ce contexte, tes œuvres ne semble pas renvoyer aux travaux, mais semble avoir un sens plutôt général : « ce que tu fais » (Parole de Vie), « tes actions » (Bible en français courant) ou « tes activités ». Certains commentateurs voient ici une référence aux actes de manger et de boire tout court, ce qui est en accord avec les propos précédents de Qohéleth. D’autres (Romerowski) pensent que ceci est une appréciation ou une approbation plus globale des activités des êtres humains sur terre, en tirant des conclusions théologiques assez profondes. Mais cette lecture ne va pas de soi, et il vaudrait mieux, si possible, garder l’ambiguïté du texte comme dans la Parole de Vie : « car depuis longtemps, Dieu approuve ce que tu fais ».:8

Source: Zogbo, Lynell. L’Ecclésiaste – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.