5.12-14
Conclusion et salutations
L’auteur conclut maintenant sa lettre par quelques salutations. Conformément à une pratique courante à l’époque, il se peut que Pierre ait repris la plume de son secrétaire pour écrire lui-même les derniers mots de cette lettre, bien que cela ne soit pas dit explicitement ici.
Je vous ai écrit ces quelques mots par Silvain : pour la première fois Pierre explique que pour sa lettre, il a eu recours à l’aide d’un de ses compagnons, Silvain qui servait de « secrétaire ». Silvain est la forme latine (Silvanus) de « Silas ». Comme aucun autre personnage de ce nom n’est mentionné dans le reste du NT, il semble que c’est la même personne nommée ailleurs, Silas (Act 15.22-40 ; 18.5 ; 2 Cor 1.19 ; 1 Thess 1.1 ; 2 Thess 1.1.), mais rien dans la lettre ne le confirme.
ces quelques mots est litt. ὀλίγων oligôn, « en peu ». Bien que longue, on pourrait parler de « cette courte lettre » (Bible en français courant, Good News Bible, Contemporary English Version). Les traductions de Darby et de la La Bible du Semeur disent « Je vous ai écrit (assez) brièvement ». Ceci suppose que Pierre aurait pu écrire une lettre beaucoup plus longue !
par Silvain est une tournure ambiguë en grec. Elle peut être interprétée au moins de trois façons différentes :
1. Silvain était le secrétaire qui a mis par écrit ce que Pierre lui dictait.
2. Silvain a rédigé la lettre, en y incorporant les propres idées de Pierre, mais sans que le texte lui en soit dicté.
3. Silvain est chargé de transmettre la lettre que Pierre lui-même a écrite.
Il est difficile de trancher. Quelques traductions choisissent la troisième interprétation en disant, « Je vous envoie cette lettre par Silvain ». Une note de la Bible Osty-Trinquet combine les propositions en disant : « C’est lui [Silvain] qui doit remettre la lettre aux communautés intéressées, après avoir peut-être servi de secrétaire à Pierre ». Mais la plupart des versions optent soit pour la première interprétation, soit pour la seconde, par exemple « Je vous ai écrit… avec l’aide de Silas » (Bible en français courant). « Silvain m’a aidé à écrire cette courte lettre » (Contemporary English Version), « Par Silvain… je vous ai écrit » (La Bible du Semeur), « Je vous écris… par Silas » (Parole de Vie). En effet, cette pratique est bien connue et expliquera pourquoi le grec de cette lettre ne semble pas celui d’un ancien pêcheur. Voir Intro.
que je considère comme un frère fidèle : cette remarque ne veut pas dire que d’autres sous-estiment cette personne. En fait, cette affirmation est destinée à souligner l’estime que Pierre éprouve pour Silvain, de sorte qu’on pourra dire « que je sais être… » ou « dont je suis certain qu’il est… »
un frère fidèle est une traduction littérale, mais frère est employé dans le même sens que celui suggéré par « amour fraternel » en 1 Pierre 1.22 ou 1 Pierre 3.8. Le terme désigne un « frère dans la foi », d’où « frère chrétien » (Good News Bible).
fidèle peut être mis en relation avec Pierre (ainsi « frère en qui je peux avoir confiance ») ou avec Dieu et le Christ (ainsi « un frère dont je suis certain de la foi en Dieu » ou « en Jésus-Christ »). Cependant, il est probable que dans ce contexte l’adjectif fidèle comporte plutôt l’idée de « digne de confiance », ainsi « en qui j’ai confiance » ou « en qui on peut avoir confiance ».
pour vous exhorter : cette exhortation se réfère au contenu de la lettre qui, dans son ensemble, vise à encourager (grec : παρακαλέω parakaleô) les croyants. La Parole de Vie dit « Je vous envoie cette lettre pour vous donner du courage ». La Bible en français courant commence une nouvelle phrase ici : « Je l’ai fait pour vous encourager ». Dans certaines langues, il sera nécessaire de préciser l’objet de cet « encouragement », par exemple, « J’ai désiré vous encourager à persévérer dans la foi ».
et vous attester : le verbe grec ἐπιμαρτυρέω epimartureô signifie « confirmer par un témoignage ». Ainsi « pour vous dire » (Parole de Vie) est trop faible par rapport au grec. Il s’agit de témoigner de la vérité d’un fait ou attester qu’une chose est vraie. Le verbe peut se référer à l’autorité de Pierre en tant qu’apôtre (1 Pierre 1.1) et au fait qu’il est lui-même un témoin des souffrances du Christ (voir 1 Pierre 5.1). On pourra dire « déclarer » ou « affirmer avec force ». Cependant il ne semble pas s’agir de « jurer » comme au tribunal et cette traduction devra être évitée.
que c’est à la véritable grâce de Dieu que vous êtes attachés : voici le contenu de ce qui est attesté. Le texte grec est plus court et dit litt « celle-ci est la véritable grâce de Dieu dans laquelle vous vous tenez ».
La Bible de Jérusalem et l’Osty-Trinquet rendent les premiers mots « que telle est la vraie grâce de Dieu » Le pronom démonstratif « celle-ci » peut évoquer le contenu de l’ensemble de la lettre ou se référer seulement au contenu du 1 Pierre 5.10. Mais du moment que les verbes exhorter et attester sont mis en relation avec toute la lettre, la première interprétation semble plus probable. La note de la Traduction œcuménique de la Bible dit « Ce verset définit le contenu et le but de toute la lettre : encouragement dans la foi et exhortation à tenir bon malgré les épreuves dans la certitude que Dieu réalise son dessein de grâce ».
la véritable grâce de Dieu est une traduction littérale du grec. Le mot grâce peut être compris comme au 1 Pierre 5.10, au sens de l’amour divin immérité. Ainsi tous les actes de Dieu mentionnés au 1 Pierre 5.10 sont des expressions réelles de son amour et de sa bonté. De ce point de vue, la véritable grâce de Dieu peut être rendue par « ce que Dieu a fait pour vous est une preuve véritable de son amour » ou « prouve vraiment sa bonté à votre égard ». Selon une autre interprétation, grâce aurait ici le sens de « don » et l’expression signifierait « toutes vos souffrances et peines sont vraiment un don de Dieu », c’est-à-dire, une manière que Dieu utilise pour bénir les chrétiens. Ainsi la Parole de Vie propose « voilà le vrai don de Dieu ». Mais cette interprétation semble moins probable. Il vaut mieux opter pour la première interprétation en disant, par exemple, « tout ce que je vous ai écrit concerne vraiment la bonté de Dieu ».
En effet l’adjectif ἀληθής alêthês peut aussi être compris de plusieurs manières, soit comme adverbe, par exemple « tout ce que j’ai écrit peut vraiment vous amener à connaître la grande bonté de Dieu », soit comme un adjectif, où l’on parlera de « la vraie grâce de Dieu » (Nouvelle Bible Segond).
C’est dans cette grâce que litt. « vous tenez ferme », ou « à laquelle, en fait, vous êtes attachés ». Le verbe est le même utilisé lorsqu’on décrit quelqu’un qui se tient debout, mais ici le sens est plus fort : « demeurer ferme », etc. Ces mots peuvent constituer un simple constat ou rappel adressé aux lecteurs. Mais la forme du verbe grec est interprétée dans plusieurs versions comme un impératif. Il s’agira alors d’une exhortation : « demeurez-y » (Osty-Trinquet), « tenez-vous-y » (Bible de Jérusalem), « restez attachés à ce don » (Parole de Vie), « Demeurez fermes en elle » (c’est-à-dire, la grâce de Dieu, Good News Bible), « Demeurez fermement dans cette grâce » (Die Gute Nachricht). Il s’agit de « tenir ferme » et de persévérer jusqu’à la fin, quoi qu’il arrive. C’est au moins l’une des interprétations qui peuvent être adoptées.
Mais il y a d’autres interprétations possibles. La préposition grecque εἰς eis a comme premier le sens premier « vers » ou « vers laquelle ». Dans cette lettre, elle est souvent utilisée pour introduire l’idée d’un but ou d’une raison, ainsi « en vue de laquelle demeurez fermes ». Mais Carrez et Morel (p. 81) disent que cette préposition « remplace très souvent en (dans)… » Ainsi elle indiquerait le milieu dans lequel il faut demeurer ferme, comme dans la Nouvelle Bible Segond : « c’est bien dans la vraie grâce de Dieu que vous vous tenez ».
Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

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