4.1-6
La rupture avec le péché
Cette section tire les conséquences pratiques pour les croyants des souffrances du Christ. En partant du fait que le Christ a souffert et qu’il est mort pour les pécheurs (1 Pierre 3.18), Pierre exhorte ses lecteurs à manifester dans leur vie la même attitude que le Christ a eue. Au lieu de suivre l’exemple des non-croyants qui les entourent, ils doivent suivre l’exemple du Christ.
Ainsi, puisque le Christ a souffert est littéralement « Christ donc ayant souffert ». La conjonction οὖν oun en grec (« donc ») établit la relation avec la section précédente, en particulier avec 1 Pierre 3.18. La traduction de la Traduction œcuménique de la Bible, Ainsi puisque, exprime bien ce lien. Dans certaines langues, on dira « Comme le Christ a souffert », « Étant donné que le Christ a souffert ».
Pour le Christ, voir 1 Pierre 1.19 ; 1 Pierre 2.12 ; 1 Pierre 3.16, 1 Pierre 3.18.
Pour souffert, voir 2.19s. Ce verset rappelle 3.18a, et certains manuscrits anciens de ce texte ajoutent ici « pour nous » ou « pour vous ». Mais le comité de l’ABU pour le NT grec écarte ces deux variantes textuelles, les considérant comme des ajouts des copistes (Metzger, p. 694).
a souffert dans la chair rappelle également 1 Pierre 3.18, mis à mort en sa chair. L’expression met en évidence l’aspect physique des souffrances du Christ. Il est fort probable que les chrétiens à qui Pierre s’adresse souffraient aussi « dans leur corps ». Ainsi la Bible en français courant, la La Bible du Semeur et la Parole de Vie disent « a souffert dans son corps », et la Good News Bible parle de la « souffrance physique ». Dans un sens plus large, il pourrait s’agir de ses souffrances en tant qu’être humain, c’est-à-dire les souffrances subies durant sa vie terrestre, d’où par exemple « a souffert dans cette vie ». Mais en raison du lien avec 1 Pierre 3.18, il est plus probable qu’elle évoque un aspect particulier de ces souffrances, à savoir, sa mort sur la croix.
vous aussi armez-vous de la même conviction : en ce qui concerne leur attitude envers les souffrances, les chrétiens sont appelés à suivre l’exemple du Christ. Ils doivent adopter la même attitude que le Christ a manifestée.
armez-vous est un langage figuré tiré du monde militaire, comme d’autres images du même type fréquentes dans le NT. Voir, par exemple, Rom 6.13 ; 13.12 ; 2 Cor 6.7 ; 10.4 ; Éph 6.11-17 ; 1 Thess 5.8 et aussi dans l’AT, És 59.17. s’armer signifie s’équiper des moyens nécessaires pour être prêt à agir ou à atteindre un but particulier. Comme des soldats allant à la bataille, les chrétiens doivent « se préparer activement », « être bien préparés ».
de la même conviction : le mot conviction (ἔννοια ennoia) parle de la façon de penser ou de la disposition d’esprit d’une personne. En Hébr 4.12, il est souvent rendu « les pensées » ou « les sentiments du cœur ». Ici l’apôtre demande aux chrétiens d’avoir la même attitude que le Christ. On pourrait dire « soyez prêts à penser de la même manière que le Christ ». Mais les traducteurs devraient chercher à rendre le langage figuré de ce passage, en utilisant, si possible, des expressions du contexte militaire.
celui qui a souffert dans la chair a rompu avec le péché : plusieurs commentateurs pensent qu’il s’agit d’un dicton ou proverbe, connu de l’apôtre et de ses lecteurs. Certains pensent que la souffrance élimine le désir ou la tendance à commettre le péché. D’autres font un rapprochement avec l’expérience chrétienne du baptême : souffrir serait utilisé ici au sens figuré, faisant allusion à l’image de la « mort » avec le Christ lors du baptême. Si elle est morte, la personne n’a plus rien à faire avec le péché. A cet effet, Spicq note « le baptisé, ayant été crucifié avec le Christ, se considère comme mort au péché » (p. 143s). Mais bien que cela soit possible, le texte ne justifie pas une traduction dans ce sens. Il vaut mieux dire, par exemple, « quiconque souffre physiquement (sous–entendu, comme le Christ a souffert), a tourné le dos au péché et n’a plus aucun désir de continuer à pécher ». En effet, comme Margot l’affirme : « la souffrance acceptée dans la foi est le signe de la transformation qui s’est opérée dans la vie du croyant » (p. 68).
Introduite par la conjonction grecque ὅτι hoti « car », cette proposition affirme une vérité générale ou indique comment les chrétiens mis à l’épreuve devraient agir. Les traducteurs devraient prendre soin de ne pas donner l’impression que le Christ est en vue ici. Bien que Jésus ait souffert dans la chair, il n’a jamais péché. Ici, Pierre est en train d’exhorter les chrétiens à imiter le Christ. La Parole de Vie rend cette pensée explicite en ajoutant au texte : « le chrétien qui souffre dans son corps a laissé le péché ».
Pour rendre la conjonction ὅτι hoti (exprimée dans la Traduction œcuménique de la Bible par deux points), beaucoup de versions disent « car » d (Bible en français courant, Nouvelle Bible Segond, Bible de Jérusalem). La La Bible du Semeur propose « En effet », et la Bible de Jérusalem, « à savoir ». La Parole de Vie déplace « vous aussi » et ajoute une proposition emphatique pour introduire le dicton : « Le Christ a souffert dans son corps. Alors, vous aussi, soyez sûrs d’une chose… : »
Pour souffert dans la chair, voir ci-dessus.
a rompu avec le péché : le sens du verbe grec παύω pauô varie selon sa forme grammaticale. Si elle est prise comme réfléchi (voix moyenne), elle impliquerait une ferme volonté de « cesser de pécher ». La personne aura « décidé à de ne plus pécher ». Mais si le verbe est pris au passif, l’expression veut dire « a été délivré du pouvoir du péché ». La majorité des versions optent pour la première interprétation : « a fini avec le péché » (Nouvelle Bible Segond, Bible en français courant), « a laissé le péché » (Parole de Vie). Cette personne n’a plus aucun contact avec le péché.
Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

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