Une fois de plus Pierre s’adresse directement à ses lecteurs, en leur annonçant leur nouveau statut de croyants. Citant librement l’AT, il applique à l’Église chrétienne des titres attribués jusque-là à Israël. On peut donc en déduire qu’il présente l’Église comme le nouveau peuple de Dieu, sans que cela signifie forcément qu’elle prenne la place d’Israël.
Mais vous marque ici le contraste entre les croyants et les incroyants mentionnés dans les deux versets précédents. La suite du verset présente quatre caractéristiques de l’Église, toutes quatre empruntées à l’AT : la race élue, la communauté sacerdotale du roi, la nation sainte, le peuple que Dieu s’est acquis.
la race élue est une expression fondée sur És 43.20 où il est écrit « mon peuple, mon élu ». Le mot rendu par race évoque souvent un lien du sang et peut signifier « nation », « peuple », ou même « descendance ». Dans l’AT, c’est Israël qui est le peuple élu ou choisi par Dieu, tandis qu’ici, c’est l’ensemble de ceux qui croient en Jésus-Christ. L’idée mise en avant n’est pas celle de lien du sang, mais celle d’une unité collective, comprenant des chrétiens de toutes origines qui forment une seule famille dans l’union avec le Christ.
Pour élue, ou « choisie » (Bible en français courant), voir 1 Pierre 1.1 et 1 Pierre 2.4. Cet adjectif s’applique aux chrétiens et aussi au Christ d’après 1 Pierre 2.4. Ici la race élue concerne l’Église dans son ensemble. Comme ailleurs dans le NT, l’agent implicite du choix est Dieu. En passant du passif à l’actif, on pourra donc parler du « peuple » ou des « gens que Dieu a choisi(s) » ou « appelé(s) ».
la communauté sacerdotale du roi : l’expression provient d’Ex 19.6, mais en grec elle est ambiguë : le terme rendu par du roi peut être interprété soit comme un nom, « royaume », soit comme un adjectif « royal ». La traduction pourrait donc être « un royaume sacerdotal » ou « un sacerdoce royal ». Dans un cas, il s’agirait alors du « royaume de prêtres », et dans l’autre « des prêtres royaux ». Bien que le terme grec βασίλειον basileion soit souvent utilisé en tant que substantif dans la littérature de l’époque, il semble plus probable qu’il s’agisse d’un adjectif ici, c’est-à-dire « sacerdoce royal » en parallèle avec les expressions en Bible en français courant : race élue, nation sainte. Les traducteurs de l’ancienne version grecque de l’AT, la Septante, semblent avoir traité βασίλειον basileion comme un adjectif en Ex 19.6 : « des prêtres au service du roi » ou dans ce cas, au service de Dieu. Plusieurs versions, dont la Traduction œcuménique de la Bible, optent pour cette interprétation, ainsi « les prêtres du Roi » (Bible en français courant), « la communauté des prêtres du Roi » (Parole de Vie). En effet, ceci reprend l’idée de 2.5 : des « prêtres consacrés à Dieu » (Bible en français courant). Pour rendre le texte plus explicite, on pourra dire « les prêtres de Dieu qui est roi ».
la nation sainte est également une expression empruntée à Ex 19.6. Tout comme en 1 Pierre 1.15 et 1 Pierre 2.5, sainte caractérise la relation unique de l’Église avec Dieu : elle est sainte parce qu’elle est consacrée à Dieu et mise à part pour son service. On pourra rendre cela par « un peuple mis à part pour Dieu », « une nation consacrée à Dieu » ou « consacrée au service de Dieu ».
le peuple que Dieu s’est acquis : littéralement « un peuple pour acquisition », ce que la Bible de Jérusalem rend par « un peuple acquis ». Il s’agit d’une allusion à Ex 19.5 (« vous m’appartiendrez en propre parmi tous les peuples », Segond Révisée) et à Mal 3.17 (« ils m’appartiendront en propre », Segond Révisée). Comp. És 43.21 : « peuple que j’ai formé pour moi » (Traduction œcuménique de la Bible). Le contexte de ces passages de l’AT indique bien que Dieu est l’agent implicite de l’acquisition, ce qui est mis en évidence ici dans de nombreuses versions : le peuple que Dieu s’est acquis, « un peuple que Dieu s’est acquis » (La Bible du Semeur), « le peuple qui appartient à Dieu » (Bible en français courant), « le peuple que Dieu a choisi » (Parole de Vie).
Le mot pour peuple (grec : λαός laos) est celui qui est utilisé pour Israël dans la Septante, l’ancienne version grecque de l’AT. Le terme est maintenant appliqué à la communauté chrétienne. Le présent texte met en évidence le fait que les chrétiens ont maintenant une relation spécifique avec Dieu : ils forment son peuple, ils lui appartiennent et lui sont entièrement consacrés.
Dans certaines langues, la liste des quatre qualifications devra être très explicite, par exemple « Vous êtes la race choisie. Vous êtes les prêtres du roi. Vous êtes la nation sainte. Vous êtes le peuple qui appartient à Dieu ». Il ne s’agit pas de quatre groupes distincts, car ces expressions qualifient toutes la même communauté.
pour que vous proclamiez les hauts faits exprime le but de la relation de l’Église avec Dieu. La citation est empruntée au texte grec d’És 43.21. Le verbe grec équivalant à proclamer indique avant tout une annonce faite en paroles, mais un témoignage en actes n’est pas exclu. On pourra relier plus clairement ces mots à ce qui précède en répétant « choisi » comme dans la Good News Bible : « le peuple choisi… choisi pour proclamer les actes merveilleux de Dieu ». A l’actif on pourra dire « Dieu vous a choisis pour proclamer ses hauts faits ». Plusieurs versions commencent ici une nouvelle phrase, par exemple, « C’est votre devoir de proclamer », « C’est à vous de proclamer… »
hauts faits : en grec le terme ἀρετή aretê, est au pluriel et signifie dans ce contexte « actions merveilleuses » ou « œuvres magnifiques » (Bible en français courant). La Good News Bible propose « les grandes choses qu’il a faites ». Dans la littérature grecque de l’époque, ce terme a été utilisé à propos des actions puissantes et miraculeuses attribuées à un dieu.
de celui qui vous a appelés des ténèbres à sa merveilleuse lumière : celui désigne évidemment Dieu. C’est lui qui appelle les humains à quitter les ténèbres pour entrer dans la lumière.
Pour appeler, voir 1 Pierre 1.15. Ici il a le sens de « amener », « faire venir ». La version Contemporary English Version en anglais dit « Dieu vous a fait passer de l’obscurité à sa merveilleuse lumière ». Le traducteur doit éviter de donner l’impression que Dieu était lui-même dans les ténèbres lorsqu’il a appelé ces gens.
Les ténèbres et la lumière sont des images fréquentes dans le NT pour évoquer l’incrédulité et la foi, ou l’ignorance et la véritable connaissance de Dieu. Dans le présent verset, ces images sont utilisées pour illustrer comment les lecteurs de la lettre ont passé du paganisme au christianisme, de leur soumission aux dieux païens à la foi en Jésus-Christ. Ces images sont quasiment universelles et ne devraient pas poser de difficulté dans la traduction.
ténèbres désigne la situation des gens loin de la présence de Dieu. On pourrait parler d’« obscurité » (Bible en français courant), de « nuit » (Parole de Vie) ou du « chemin du noir ».
sa merveilleuse lumière : la lumière se rapporte à la condition actuelle des croyants, en tant que peuple de Dieu. L’adjectif merveilleuse traduit le terme grec qui peut signifier « étonnant », « remarquable ». Il est davantage utilisé pour qualifier des manifestations divines que pour des actions humaines. Dans certaines langues, on pourra dire « Dieu vous a fait sortir des ténèbres pour vous faire entrer dans sa merveilleuse lumière ».
On pourra restructurer la fin du verset de la manière suivante : « Il (Dieu) vous a appelés à passer des ténèbres à sa merveilleuse lumière, afin que vous proclamiez ses œuvres magnifiques ».
Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

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