Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 2.19

Après avoir adressé aux esclaves ou serviteurs l’exhortation à se soumettre même à des maîtres « pénibles », Pierre parle de l’attitude que ces serviteurs doivent adopter par rapport à des souffrances injustes. Un serviteur ou un esclave qui souffre sans l’avoir mérité, mais en étant conscient d’obéir à la volonté divine, sera approuvé par Dieu.

Car c’est une grâce : en grec, le verset commence par la conjonction γάρ gar que beaucoup rendent par Car. Mais cette conjonction peut aussi être traduite par « En effet » (Bible en français courant), alors que d’autres versions l’omettent.

Le démonstratif c’est peut se référer soit à ce qui précède, à savoir la soumission des serviteurs, même à des maîtres pénibles, soit à ce qui suit, supporter… des peines. La plupart des versions optent pour cette seconde interprétation qui est la plus naturelle par rapport à la structure du texte grec, ainsi : c’est une grâce de supporter… des peines (Traduction œcuménique de la Bible, Osty-Trinquet).

grâce : le mot χάρις charis est utilisé de diverses manières dans le NT, mais la plupart du temps il désigne l’amour immérité accordé par Dieu. Voir 1 Pierre 1.2, 1 Pierre 1.10. Toutefois, il n’est pas employé de la même manière ici. Certaines versions comprennent le mot dans ce contexte comme une attitude de la part des croyants : « c’est un bien de supporter… les peines » (Bible en français courant). Ainsi la Parole de Vie parle d’« une belle chose » et la La Bible du Semeur, d’« un privilège ». En revanche, d’autres considèrent que Dieu est le sujet implicite de cette grâce, par exemple « Dieu vous bénira pour cela » (Good News Bible) ; « C’est une grâce de Dieu » (Die Gute Nachricht). Si on adopte cette interprétation, on pourrait alors dire « Dieu vous bénira puisque vous supportez les peines… ».

de supporter… des peines : en grec, c’est litt. « si… quelqu’un supporte des peines ». La conjonction εἰ ei « si » peut être interprétée au sens conditionnel ou au sens de « puisque », s’il s’agit d’une situation réelle. Voir 1 Pierre 1.17. En effet, si Pierre savait que des esclaves chrétiens subissaient des souffrances imméritées, il faudrait plutôt dire « puisque », « lorsque » ou « quand ». Cela correspond à l’interprétation de la majorité des versions françaises (Traduction œcuménique de la Bible, Bible en français courant, Bible de Jérusalem, Osty-Trinquet, La Bible du Semeur). La proposition de la Parole de Vie « Vous supportez peut-être des souffrances » est moins probable.

par respect pour Dieu : litt. « par conscience de Dieu ». Le mot grec συνείδησις suneidêsis « conscience » se réfère non pas à Dieu, mais à l’attitude des croyants par rapport à Dieu ou « par égard pour Dieu » (Bible de Jérusalem). Plusieurs versions restructurent le verset comme suit : « Dieu vous bénira parce que vous êtes conscients de sa volonté ». Pierre veut dire par là qu’il ne suffit pas de juste supporter l’épreuve, mais qu’il faut le faire d’une façon qui mérite l’approbation de Dieu, en étant conscient de sa volonté.

Par rapport au mot respect ou « conscience », certains biblistes l’interprètent au sens de « connaissance » ou « perception », ainsi : « parce que Dieu est dans ses pensées », « parce qu’il connaît Dieu ». Mais d’autres y voient le respect de Dieu, la prise au sérieux de sa volonté. Ainsi par respect pour Dieu sera « parce que vous voulez rester fidèles à Dieu » (Parole de Vie). La Bible en français courant propose « par obéissance à Dieu ». En effet, c’est parce que les croyants savent qu’ils suivent la volonté de Dieu, qu’ils supportent volontairement les peines ou souffrances injustes. On pourra dire « si / quand vous supportez des souffrances injustes, parce que vous êtes conscients que telle est la volonté de Dieu… »

des peines que l’on souffre injustement : le texte ne parle pas seulement de « souffrances injustes », mais des peines qui en résultent. Le mot grec λύπη lupê correspondant à peines peut également signifier « tristesses » ou « chagrins ». Il se réfère ici aux tourments qu’une personne connaît en raison des mauvais traitements dont elle est la victime. Cependant, dans certaines langues, il sera difficile de trouver deux mots séparés pour ces deux notions. Si c’est le cas, on peut simplement dire « si vous souffrez d’une manière que vous ne méritez pas » ou « quand vous souffrez pour quelque chose que vous n’avez pas fait ».

Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.