1.10-12
Les commentateurs ont des opinions divergentes quant à l’identité des prophètes dont il est question ici. Certains estiment qu’il s’agit des prophètes de l’époque du NT, tandis que d’autres pensent aux prophètes à la fois de l’AT et du NT. Cependant, pour la majorité des biblistes, il s’agit des prophètes de l’AT, et cette interprétation semble préférable dans ce contexte où il y a une opposition entre les prophètes et les prédicateurs de l’Évangile (1 Pierre 1.12). Plus loin ( 1 Pierre 1.24), Pierre citera le prophète Ésaïe. En fait, les premiers chrétiens considéraient l’ensemble de l’AT comme prophétique, c’est-à-dire, prédisant les événements réalisés lors de la venue du Christ.
Sur ce salut ont porté les recherches et les investigations des prophètes : la traduction de la Traduction œcuménique de la Bible reflète l’ordre du grec, qui maintient le lien étroit entre ce verset et ce qui précède. Mais dans certaines langues il va falloir reformuler la phrase. La Bible en français courant place Sur ce salut à la fin : « Les prophètes ont fait des recherches et des investigations au sujet de ce salut ».
Sur : la préposition grecque περί peri a le sens de « concernant », « à propos de », « au sujet de » (Bible en français courant). La présence de cette préposition suggère une emphase sur le mot salut que les traducteurs devraient essayer de faire ressortir.
Pour salut, voir 1 Pierre 1.5. Si le substantif salut doit être remplacé par un verbe, une solution sera « ils cherchaient… la façon dont Dieu sauve les croyants ».
ont porté les recherches et les investigations traduit deux verbes grecs : litt. « ont recherché et examiné (attentivement) ». Certains commentateurs ont établi une distinction entre les deux verbes : le premier (ἐκζητέω ekzêteô) mettrait l’accent sur « la recherche de ce qui n’est pas encore trouvé », tandis que le second (ἐξεραυνάω exeraunaô) se référerait « à l’étude du sens des prophéties en cause » (Schelkle, p. 39). Cependant, la plupart des exégètes sont d’avis que ces deux verbes sont pratiquement synonymes et que leur association a pour but de mettre en évidence le sérieux de la recherche des prophètes. Le salut, objet de leurs recherches, n’était pas encore un fait accompli, mais une réalité promise pour l’avenir, comme le montre la suite du texte, la grâce qui vous était destinée. La Contemporary English Version propose « ils cherchaient profondément à en savoir plus sur la façon dont vous seriez sauvés ». Au lieu d’employer deux noms, les recherches et les investigations, il est possible d’en utiliser un seul, par exemple, « Les prophètes ont fait beaucoup de recherches au sujet de ce salut » (Parole de Vie). On pourra aussi exprimer l’idée à partir d’expressions verbales : « ils ont cherché à comprendre… », « ils ont examiné soigneusement tout ce qui concernait ce salut » ou « ils ont étudié ardemment pour tout connaître sur ce salut ».
des prophètes : dans le parler courant, un prophète est quelqu’un qui prédit l’avenir, mais dans la Bible c’est plutôt quelqu’un qui transmet un message de Dieu. Ce message peut concerner le passé, le présent ou le futur. Dans certaines langues, on parle du « porte-parole de Dieu » et dans d’autres, on utilise un mot composé comme, par exemple, « Dieu-bouche-parler personne ». Les traducteurs devraient employer le même mot qu’ils utilisent ailleurs dans la Bible. Une étude comparative entre prophète et apôtre pourrait aider les traducteurs à bien distinguer ces deux termes dans la traduction.
qui ont prophétisé au sujet de la grâce qui vous était destinée : ce sont les intenses recherches effectuées par les prophètes qui leur ont permis de prophétiser au sujet du don de Dieu.
prophétisé : le verbe grec προφητεύω prophêteuô est souvent rendu par « parler de la part de Dieu ». Mais ici où la prophétie concerne l’avenir, le verbe peut exceptionnellement être rendu par « prédire » ou plus simplement par « annoncer ». Voir aussi « Par avance, ils ont parlé » (Parole de Vie).
au sujet de la grâce : il s’agit de la même préposition rendu au début du verset par Sur : περί peri. Dans beaucoup de contextes, le mot grâce (grec : χάρις charis) renvoie à l’amour de Dieu ou à une disposition favorable de sa part (voir 1 Pierre 1.2). Mais ici il s’agit du résultat de sa faveur. Ainsi dans ce contexte, il vaudrait mieux y voir une référence au don du salut, c’est-à-dire, le « salut en tant que libre don de l’amour divin » (Bénétreau, p. 93). Ainsi au lieu de rendre le mot χάρις charis littéralement (comme Traduction œcuménique de la Bible, Nouvelle Bible Segond, La Bible du Semeur), certaines versions optent pour une traduction plus nuancée. Par exemple, la Bible en français courant propose « à propos du don que Dieu vous destinait ». La Parole de Vie va dans le même sens : « Les prophètes ont fait beaucoup de recherches au sujet de ce salut. Par avance, ils ont parlé du don que vous alliez recevoir ».
Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

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