Commentaire sur la traduction de l'Ecclésiaste 3.1

Comme expliqué ci-dessus, Ecc 3.1 et Ecc 3.8 présentent des chiasmes qui ouvrent et ferment le poème. Ici il y a deux vers qui disent à peu près la même chose :
Il y a un moment pour tout
et un temps pour chaque chose sous le ciel

Notons que la Traduction œcuménique de la Bible et d’autres versions mettent un deux points à la fin de ce verset pour montrer qu’il introduit les vers qui suivent.

Il y a un moment pour tout : bien que le mot עֵת ʿét, temps, domine le poème, celui-ci commence par un synonyme זְמָן zemân, que plusieurs rendent par moment (Traduction œcuménique de la Bible, Nouvelle Bible Segond). Ce mot assez rare et apparemment tardif dans l’AT, désigne une date ou heure convenue (Néh 2.6). Dans le livre d’Esther, il désigne le moment ou le « temps fixé » par les Juifs pour commémorer leur délivrance face à l’ennemi Haman (Est 9.27,31).

L’expression pour tout, litt. « pour le tout », ne précise pas de quoi il s’agit. Mais la majorité des langues pourront garder ce constat général. Il s’agit certainement de toutes les activités réalisées sous le soleil, c’est-à-dire, dans ce monde.

et un temps pour chaque chose sous le ciel : en hébreu il s’agit d’un chiasme où un temps correspond à un moment. Voir la discussion sous Ecc 3.1 ci-dessus. Le mot עֵת ʿét, temps est un terme clé qui apparaît plus de 25 fois dans ce poème et presque 300 fois dans l’AT. Il apparaît souvent dans l’expression en ce temps-là (Gen 18.10 ; Deut 3.21) et désigne souvent une heure précise (Ex 9.18). Il est très fréquent dans les livres poétiques, par exemple, dans le livre des Psaumes : « Mes temps sont dans ta main » (Ps 31.16 Bible de Jérusalem).

Dans beaucoup de langues, il sera difficile de trouver deux mots pour rendre les deux mots en hébreu, זְמָן zemân et עֵת ʿét. La Bible en français courant et la traduction en anglais courant, Contemporary English Version, combinent les deux lignes pour éviter le problème : « Tout ce qui se produit dans le monde arrive en son temps » (Bible en français courant). Mais cette traduction ne rend pas la poésie de l’original. Même si deux mots pour temps n’existe pas dans la langue cible, on pourrait garder le rythme en répétant, par exemple :
Il y a un temps pour tout,
oui, un temps pour chaque chose sous le ciel.

pour chaque chose : il s’agit du mot hébreu חֵפֶץ ḥéfèç, qui renvoie à une « affaire », une « activité » ou aux différents plaisirs de ce monde (voir Ecc 5.7 ; Mal 1.10). Vu la liste qui suit, sa traduction par un mot neutre comme chose convient ici.

sous le ciel : comme sous le soleil, il s’agit d’une expression idiomatique qui veut dire « dans ce monde ». La Parole de Vie place ces mots au début du poème, et cela peut servir de modèle pour certaines langues.

Dans certaines langues, il n’y a pas de nom pour temps. Dans d’autres, il y a des distinctions complexes entre des périodes longues et courtes. Les traducteurs devraient chercher à rendre le poème d’une manière naturelle et compréhensive dans leur langue, en reformulant le verset si nécessaire. Dans certaines langues, il faudrait peut-être dire :
Dans ce monde, chaque activité a son temps,
chaque affaire a son moment.

Source: Zogbo, Lynell. L’Ecclésiaste – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

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