Dans ce verset, très beau et poétique, Qohéleth commence son appel à se réjouir de la vie, mais à la troisième personne. Tout de suite après ce conseil, il rappelle que la vie est aussi remplie de moments durs et difficiles à comprendre. La première partie est entourée d’une inclusion formée par un mot rendu par nombreux (hébreu : הַרְבֵּה harbéh, « en abondance »).
La première proposition commence par la conjonction כִּי kî, que plusieurs omettent mais certains la rendent par « C’est pourquoi » (La Bible du Semeur). On pourrait aussi la considérer comme introduisant une sorte de concession, ainsi « la vie est belle (Ecc 11.7) mais même si on vit de nombreuses années… »
Si l’homme vit de nombreuses années : comme ailleurs, le mot אָדָם ʾâdâm renvoie à tout être humain. Voir Bible en français courant, Parole de Vie. Le verbe en hébreu rendu par vit se réfère à l’existence, non à une location physique. Si parler de nombreuses années est difficile dans la langue cible, on pourrait dire « Même si tu vis longtemps » ou « même si tu as une vie très longue… »
qu’il se réjouisse en elles toutes : en hébreu l’ordre est à l’inverse, litt. « en elles toutes qu’il se réjouisse ». Pour se réjouir, voir Ecc 3.12. elles renvoient aux années et les traducteurs mettront le référent qui convient. La Bible en français courant dit « L’être humain doit se réjouir de chaque année qui lui est donnée ».
mais qu’il se souvienne que les jours sombres sont nombreux : ce conseil commence par la conjonction וְ we qui pourrait introduire un contraste ou une contre-attente. Après avoir donné d’une façon indirecte son conseil habituel de se réjouir, Qohéleth appelle à la réflexion et peut-être à la discipline. Dans plusieurs langues, la conjonction mais conviendrait ici, même si plusieurs versions ne mettent pas de conjonction.
qu’il se souvienne : il ne s’agit pas de se souvenir d’un fait ou d’un événement, mais de réfléchir sur ou de considérer un fait. Les traducteurs devraient trouver une expression qui convient ici. il renvoie à l’homme mentionné ci-dessus. La Bible en français courant et la Parole de Vie changent légèrement le style pour dire « Rappelons-nous… », une autre possibilité.
que les jours sombres sont nombreux : il s’agit litt. de « jours des ténèbres ». En poésie hébraïque, la mention de lumière « interpelle » la mention de ténèbres. Il vaudrait mieux alors choisir dans la langue cible deux termes qui forme une paire. Certaines versions s’éloignent beaucoup du texte, par exemple, « les ténèbres viendront et dureront » (Contemporary English Version), mais les traducteurs devraient éviter de telles traductions. Il s’agit de poésie et la brièveté communiquera mieux que des phrases longues et compliquées. Voir Ecc 2.13.
que tout ce qui vient est vanité : en hébreu le mot que n’est pas présent. Le texte dit litt. « tout ce qui vient הֶבֶל hèvèl ». On pourrait introduire une conjonction comme « et » (Parole de Vie), « car » (Bible en français courant) et suivre l’hébreu qui s’annonce sans transition. Le verbe venir, au perfectif, a un sens présent ou même futur dans la majorité des versions : « l’avenir est fragile » (Parole de Vie), « incertain » (Bible en français courant).
Pour vanité, si possible, les traducteurs devraient utiliser la même expression qu’ailleurs. Ici la Parole de Vie dit « l’avenir est fragile », mais la Bible en français courant est plus proche du texte et plus poétique : « l’avenir est incertain comme la fumée ».
Source: Zogbo, Lynell. L’Ecclésiaste – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.
