Paul reprend l’expression Ne savez-vous pas… ( Rom 6.3) pour souligner ses idées. Il revient à un langage figuré en parlant d’esclave du péché et l’opposé, l’obéissance à Dieu.
ne savez-vous pas est une question rhétorique qui met en évidence un fait et suppose une réponse affirmative. La Bible en français courant la reformule comme une affirmation, « Vous le savez bien ».
qu’en vous mettant au service de quelqu’un comme esclaves pour lui obéir, vous êtes esclaves de celui à qui vous obéissez : litt. « en vous présentant comme esclave en vue d’obéir, vous êtes esclaves de celui à qui vous obéissez ». vous est au pluriel, impliquant qu’il parle à plusieurs personnes.
mettant au service de quelqu’un comme esclave : le verbe « se mettre à la disposition de » a un sens très large et apparaît dans plusieurs contextes. En Matt 26.53 il a le sens d’« offrir » ou « pourvoir ». Ici, c’est l’image d’une personne qui s’offre à une autre comme esclave. En fait, dans les temps bibliques, il y avait une coutume, où une personne démunie pouvait « se vendre » à quelqu’un comme esclave, en vue de survivre (voir Lév 25.39,47). On pourrait dire « en vous livrant à des gens pour devenir leurs esclaves et leur obéir » ou « en vous faisant esclaves d’autres personnes pour leur obéir ». Dans certaines langues, on pourra commencer cette proposition par un « si » conditionnel, comme en Bible en français courant : « si vous vous mettez au service de quelqu’un pour lui obéir, vous devenez les esclaves du maître auquel vous obéissez ».
esclave : Voir Rom 1.1. Presque toutes les langues auront un mot pour esclave, mais dans certaines cultures, le mot a une connotation très négative. Il s’agit d’une image, et les traducteurs devront décider comment rendre cette image qui est très forte.
soit du péché qui conduit à la mort, soit de l’obéissance qui conduit à la justice : Paul définit deux sortes de personnes qu’il qualifie d’esclave : la personne qui est esclave du péché et celle qui est esclave de l’obéissance. Dans le premier cas, l’esclavage mène à la mort, dans la deuxième à la justice.
du péché qui conduit à la mort est litt. « péché en vue de la mort ». Plusieurs versions françaises insèrent le verbe conduire (Traduction œcuménique de la Bible). Dans certaines langues, on dira plutôt « mène à la mort ». Paul emploie le mot mort de trois manières différentes dans ses écrits :
1. la mort physique résultant du jugement de Dieu sur tous les êtres humains (Rom 5.12-14) ;
2. la mort « spirituelle » de tous les humains dans leur situation préchrétienne (Éph 2.1 ; Col 2.13) et
3. la mort éternelle due au jugement final de Dieu sur une vie de péché.
Ici il s’agit du troisième sens.
l’obéissance qui conduit à la justice : l’expression sous-entend « l’obéissance à Dieu » (Bible en français courant). On s’attend à ce que la mort s’oppose à la vie, mais on trouve plutôt le mot justice, qui doit être compris dans ce contexte comme une allusion à « une vie juste ». La Bible en français courant propose : « l’obéissance à Dieu… conduit à une vie juste ». Une autre possibilité serait « soit vous obéissez au péché et cela cause votre mort, soit vous obéissez à Dieu et cela vous fait mener une vie juste » ou « …cela vous met dans une juste relation avec lui ». Ainsi la mort est en contraste avec la communion avec Dieu. La Parole de Vie propose « Dieu vous rend justes parce que vous lui obéissez ». Considérer que la justification des humains par Dieu est une conséquence de leur obéissance entrerait en contradiction avec la conception paulinienne du salut gratuit accordé par Dieu. Ainsi Godet interprète le terme au « sens de justice morale… qui convient le mieux ici, puisqu’il s’agit d’indiquer les conséquences saintes qui résulteront de l’obéissance de la foi » (II, p. 53).
Source: Margot, Jean-Claude & Zogbo, Lynell. La lettre aux Romains – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.
