Ce verset présente une structure compliquée en grec, qui fait que plusieurs versions restructurent ou inversent l’ordre des propositions.
Et alors rend la conjonction καί kai qui certains traduisent comme « ou bien » (Bible de Jérusalem). Les mots qui suivent sont très ironiques, car Paul introduit un comportement qu’il va déclarer ridicule. Les traducteurs devront déterminer ce qui conviendra dans leur langue pour introduire ces propos.
pourquoi ne ferions-nous pas le mal afin qu’il en résulte du bien : Paul vient de dire que quand les péchés des gens sont mis en évidence, cela fait éclater la vérité et la gloire de Dieu. Si la validité de ces propos est admise, naturellement la conclusion sera « Faisons le mal pour qu’il en résulte du bien » (Bible en français courant). Le mot pourquoi n’est pas dans le texte grec, mais plusieurs versions le rendent explicite. Le verbe faire est au subjonctif, avec le sens « (alors) que nous fassions le mal… ? » Pour mal, litt. « les [choses] mauvaises », voir Rom 1.30 ; Rom 2.9 où on retrouve la même racine.
afin qu’il en résulte du bien : le verbe grec a un premier sens « venir » ou « aller » comme lorsque quelqu’un apparaît (Matt 11.14) ou que le Messie va venir (Jean 4.25). Mais au sens figuré il veut dire « parvenir », « survenir », « se passer » ou « arriver ». Pour bien, litt. « les bonnes [choses] », voir Rom 2.7, Rom 2.10.
comme certains calomniateurs nous le font dire ? : le sens exact du grec est un sujet de débat. Le texte dit litt. « comme calomniés et comme certains nous le font dire ». Paul utilise le pronom de la première personne du pluriel nous, mais il est probable qu’il se désigne lui-même. La Bible en français courant emploie la première personne du singulier : « …pour me calomnier… ce sont mes paroles ». Voir Rom 1.5, qui justifie l’emploi du pronom de la première personne du singulier, « je », au lieu du pluriel, nous dans de tels contextes. Par contre, pour certains, l’accusation serait portée contre « Paul et ses collaborateurs (d’où l’emploi de “nous”) » (Viard, p. 91). C’est une bonne raison pour respecter le texte en gardant nous.
Les calomniateurs sont les gens qui accusent Paul. Non seulement ils le diffament et l’insultent, mais ils le tiennent responsable de mots qu’il n’a jamais prononcés.
nous le font dire : Paul utilise encore le nous qui renvoie soit à lui-même, soit au groupe comprenant ses collaborateurs ou à ceux qui le soutiennent. On pourrait suivre la Parole de Vie, « Certains nous insultent… Ils nous accusent de dire… », ou « …comme certains nous accusent outrageusement de le dire » (Bible de Jérusalem). Dans la langue cible, il y aura peut-être des expressions idiomatiques qui conviendront pour exprimer l’idée de faire dire, par exemple, « mettre les paroles dans la bouche de quelqu’un ».
Ces gens-là méritent leur condamnation est litt. « à qui [pluriel] la condamnation/punition est méritée ». La Bible en français courant dit : « Ces gens seront condamnés et ils le méritent bien ». Selon Leenhardt (56), Paul déclare « qu’à professer de telles opinions et à les lui prêter, on s’attire le juste jugement de Dieu ». Mais le texte ne dit pas explicitement qu’il s’agit de la condamnation de Dieu. Néanmoins, certaines versions le rendent explicite, par exemple, « Dieu les condamnera comme ils le méritent » ou « Dieu est juste et les jugera aussi » (Contemporary English Version).
Les restructurations sont nombreuses, mais la Nouvelle Bible Segond reste proche du texte grec, tout en utilisant un langage assez simple : « Et pourquoi ne pas dire, comme certains calomniateurs prétendent que nous le disons : “Faisons le mal, pour qu’il en résulte du bien !” Ces gens-là méritent d’être condamnés ».
Source: Margot, Jean-Claude & Zogbo, Lynell. La lettre aux Romains – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.
