Commentaire sur la traduction de la lettre aux Romains 2.3

En grec, ce verset est formée d’une seule et longue phrase, sous forme de question rhétorique. Dans quelques versions, celle-ci est divisée en deux propositions : un constat suivi d’une question, par exemple, « Tu juges les gens qui font de tels actes, puis tu les fais toi-même. Penses-tu (en faisant ainsi) que tu pourras échapper au jugement de Dieu ? » La Bible en français courant renverse l’ordre des propositions après Penses-tu en disant « Penses-tu que tu échapperas au jugement de Dieu, toi qui juges les autres… ». Les traducteurs décideront quelle est la meilleure façon de présenter ces éléments.

Au début du verset, il y a la même conjonction grecque qu’en Rom 2.2, δέ de, qui montre que l’argumentation continue. Bien que la Traduction œcuménique de la Bible l’omette, on pourrait la rendre par « donc » (Nouvelle Bible Segond) ou par un adverbe « Penses-tu vraiment que… »

Penses-tu : dans certaines langues il va falloir utiliser un autre verbe comme « considérez-vous », « comptez-vous », « imaginez-vous » (La Bible du Semeur). En grec, il y a aussi un « ceci », litt. « et penses-tu ceci ». Pour la valeur du pronom à la deuxième personne du singulier (tu), voir Rom 2.1.

toi qui juges ceux qui les commettent et qui agis comme eux est litt. « ô homme, celui qui juge ceux qui pratiquent de telles choses et font ceci ». Pour « ô homme », voir Rom 2.1. Pour commettre, voir Rom 2.2. À ce verbe, Paul ajoute « et font ceci » que les versions comprennent de différentes manières. La Traduction œcuménique de la Bible dit agis comme eux, mais d’autres restent plus proches du texte : « toi… qui les fais toi-même » (Nouvelle Bible Segond, Bible de Jérusalem). Dans ce dernier cas, Paul est juste en train de renforcer ou souligner ses propos. La Bible en français courant semble combiner les deux verbes en disant « toi qui juges les autres pour des actions que tu commets toi-même ». La Parole de Vie termine par un point d’exclamation ( !) qui rend l’émotion, voire la frustration de Paul lorsqu’il parle.

que tu échapperas au jugement de Dieu : en grec, le marqueur du complément, que se trouve ici et non pas après le verbe penser. On pourrait rendre explicite en répétant « penses-tu que tu échapperas… » En grec, le pronom indépendant tu est mis en évidence au début de la phrase (litt. « que toi tu échapperas… »)

échapper : il s’agit d’échapper à un danger ou à un lieu dangereux, comme à une prison. Ici, c’est le jugement de Dieu qui est en jeu. Pour jugement, voir Rom 2.2.

Cette question rhétorique exprime en fait le sens opposé : « non, tu n’échapperas pas ». Si la question rhétorique n’est pas bien comprise dans la langue cible, on pourrait dire « Sache que tu n’échapperas certainement pas au jugement de Dieu » ou « Sois certain que tu n’échapperas pas à Dieu quand il te jugera ».

Source: Margot, Jean-Claude & Zogbo, Lynell. La lettre aux Romains – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.

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