Je demande alors : voir Rom 10.18. Pour une raison de style, la Bible en français courant rend ces mots par « Je demande encore ». Paul devient plus spécifique dans ses propos.
Israël n’aurait-il pas compris ? : on pourrait aussi parler du « peuple d’Israël », mais ici Paul est très direct. Cette question devra être retenue si possible, car elle montre la frustration ressentie par l’apôtre.
compris : le verbe grec a plusieurs sens dont l’un est « être sûr de ». Certaines versions (Segond Révisée, New Revised Standard Version) traduisent cela par « Israël ne l’a-t-il pas su ? ». Mais compris convient dans ce contexte. Paul considère qu’Israël a entendu le message ( Rom 10.18), et il aurait eu la possibilité de le comprendre, mais il refuse de le faire. Viard (p. 232) dit « En refusant de se soumettre vraiment à lui [Dieu], il [Israël] montrait qu’il ne le connaissait pas tel qu’il aurait dû le connaître. Ce qui s’était ainsi passé jadis s’est répété lors de la venue du Christ ». Donc, s’il fallait donner une réponse à la question rhétorique, ce serait quelque chose comme « Non, il n’a pas vraiment compris ! ».
Déjà Moïse dit est litt. « d’abord » ou « en premier lieu Moise dit ». Les différentes versions donnent des traductions assez dynamiques : « Eh bien, voici d’abord la réponse que donne Moïse » (Bible en français courant), « Moïse a été le premier à le leur dire » (La Bible du Semeur), « Moïse lui-même est le premier à répondre » (Good News Bible).
Je vous rendrai jaloux de ce qui n’est pas une nation ; contre une nation inintelligente j’exciterai votre dépit… : la citation, fondée sur Deut 32.21, est présentée sous forme de chiasme, et donc est à interpréter comme une mise en relief. En citant ce texte, Paul veut montrer qu’Israël sera humilié de n’avoir pas cru alors que des non-Juifs ont cru. Dans le texte du Deutéronome, c’est Dieu qui parle et non Moïse (d’où « dit Dieu », Bible en français courant). De même dans les deux passages d’Ésaïe cités en Rom 10.20, c’est également Dieu qui parle. Puisque, dans le présent verset, Moïse rapporte les paroles de Dieu (le pronom Je se référant certainement à Dieu), il sera nécessaire dans certaines langues d’introduire le discours direct d’une manière qui indique clairement ce fait, par exemple « Moïse lui-même, rapportant les paroles de Dieu, est le premier à répondre ». La Parole de Vie semble déplacer légèrement le focus du verset en disant que « Dieu a déjà dit par la bouche de Moïse ». Il est recommandé de suivre les autres versions.
Je vous rendrai jaloux de ce qui n’est pas une nation : la notion de jalousie est souvent évoquée dans la Bible et parfois Dieu lui-même est jaloux de son peuple. Mais ici, Dieu a pour but d’inciter la jalousie chez son peuple en donnant ses bénédictions aux autres peuples du monde. Les traducteurs devront utiliser les expressions dans leur langue pour exprimer la jalousie, par exemple, « leurs yeux brûleront ». La Parole de Vie dit que Dieu veut les rendre « jaloux de ceux qui ne forment pas un vrai peuple ». Il s’agit du mot grec ἔθνος ethnos, « nation ».
contre une nation inintelligente j’exciterai votre dépit : des idées similaires mais plus fortes sont maintenant évoquées avec un ordre inversé. Le mot ἔθνος ethnos est répété, mais ces gens sont décrits comme « manquant de sagesse » ou « de compréhension ». Au lieu de parle de jalousie, Dieu parle maintenant d’exciter la colère. Les traducteurs devront rendre ce dernier vers plus fort que le premier, exprimant ainsi la force de ce chiasme.
Source: Margot, Jean-Claude & Zogbo, Lynell. La lettre aux Romains – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.
