La phrase débutée en Tite 1.4 finit ici, expliquant le but du plan de Dieu. Il veut que nous, les croyants, nous rendions compte de notre héritage comme héritiers de la vie éternelle. Cette pensée est introduite par la conjonction de but ἵνα hina, afin que, suivie d’une proposition subordonnée. Mais on pourrait commencer une nouvelle phrase, comme la La Bible du Semeur, qui résume, « Il l’a fait pour que… ». La Bible en français courant et la Parole de Vie expriment ce lien par « Ainsi… ». Ce verset comprend des aspects passé, présent et futur du salut. D’une part, la relation entre Dieu et Jésus-Christ avec le croyant, tâchée par le péché, est rétablie et d’autre part, les croyants participent à la vie éternelle qu’ils connaissent déjà dans l’espérance.
justifiés par sa grâce : Paul vient d’évoquer le comportement des chrétiens avant leur conversion (Tite 4.3) et parle du changement dans leurs (et nos) vies grâce à l’œuvre de Jésus-Christ et de l’Esprit Saint. Ici il parle de la justification du croyant. La Bible en français courant l’exprime de la manière suivante : « il nous rend justes à ses yeux ». Celui qui initie cette nouvelle relation entre Dieu et le croyant, c’est Dieu lui-même. Le terme justifié s’emploie en 1 Tim 3.16 à propos de l’action du Saint-Esprit. Voir aussi Rom 8.30.
par sa grâce est ambigu. L’expression renvoie soit à Jésus Christ, qui vient d’être mentionné, soit à Dieu, dont la bonté et la miséricorde ont été aussi évoquées (Tite 3.4). La Bible de Jérusalem opte pour la première interprétation : « justifiés par la grâce du Christ ». Voir aussi la Bible en français courant. Il est toutefois possible que dans ce passage, Paul ne distingue pas entre l’action de Dieu et de Jésus Christ. Par contre, la Parole de Vie choisit le deuxième point de vue : « Ainsi, puisque Dieu, dans son amour, nous rend justes… ». Il est aussi possible de laisser l’ambiguïté, en rendant le texte tel quel, avec le pronom sa. Pour grâce, voir 1 Tim 1.2, 1 Tim 1.14.
nous devenions héritiers de la vie éternelle : afin que… nous devenions est un subjonctif en grec. On pourra dire « Il veut que devenions héritiers… »
héritiers renvoie en premier lieu à la personne qui reçoit les biens de quelqu’un après la mort de ce dernier. Voir, par exemple Matt 21.38. Mais la compréhension biblique est souvent tout à fait différente. Dans la Bible, l’héritier peut désigner celui qui reçoit ce que Dieu a promis. Le mot rappelle la promesse que Dieu a faite à Israël de lui donner Canaan, la terre promise, en héritage. Et ce dernier mot est devenu synonyme des « bénédictions de Dieu ». Paul utilise cette notion pour parler de notre grand salut, nous considérant « héritier de Dieu » et « co-héritiers de Christ » (Rom 8.17). Il s’agit de recevoir un bien de la part de Dieu, comme les Israélites avaient reçu la Terre Promise. Ici Paul souligne le fait que nous devenons des héritiers de la vie éternelle.
Pour la vie éternelle, voir Tite 1.2, et aussi 1 Tim 1.16 ; 1 Tim 4.8 ; 1 Tim 6.12.
Source: Zogbo, Lynell & Ellingworth, Paul La lettre à Tite – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.
