En grec, la phrase continue avec un participe, « nous éduquant… » Mais la majorité de versions françaises commencent une nouvelle phrase, comme dans la Traduction œcuménique de la Bible, Elle nous enseigne… Le verbe, employé aussi en 1 Tim 1.20 et 2 Tim 2.25, comprend normalement la notion de formation et de discipline. En 2 Tim 2.25, ce sens est atténué par l’addition des mots « avec douceur ».
Elle dans la Traduction œcuménique de la Bible renvoie à l’agent ou celui qui enseigne. Il s’agit de la grâce de Dieu (Tite 2.11), personnifiée ici. Cette personnification peut poser problème dans certaines langues. Dans ce cas, on pourra dire : « C’est par sa grâce que Dieu nous enseigne… »
Elle nous enseigne à renoncer à l’impiété et aux désirs de ce monde : le verbe rendu par renoncer a souvent le sens de « nier » ou « renier » (Nouvelle Bible Segond), « dire “non” à » quelqu’un ou quelque chose. Le verbe a différentes nuances selon le contexte. Voir 1 Tim 5.8 ; 2 Tim 2.12, 2 Tim 2.13 ; 2 Tim 3.5. Dans ce contexte, la Parole de Vie propose « rejeter ».
Pour l’impiété, voir l’Intro et 2 Tim 2.16. L’impiété est en fait, le non-respect ou le mépris de choses sacrés ou religieuses. Ici il s’agit du « mépris de Dieu » (La Bible du Semeur). Dans ce verset le mot s’oppose à la piété, qui devrait caractériser la vie d’un croyant (Introduction aux lettres pastorales et 1 Tim 2.2) sera peut-être difficile de trouver une expression pour rendre cette idée. La traduction de la Bible en français courant, « une mauvaise conduite », semble focaliser trop sur les actes, tandis que la traduction de la Parole de Vie, « ce qui est mauvais » est trop général. Il ne s’agit pas d’une doctrine erronée, mais d’un état d’esprit ou attitude qui milite contre Dieu et tout ce qui est sacré.
désirs de ce monde : en grec le mot désirs n’est pas forcément mauvais. Dans certains contextes, il s’emploie à propos d’une ambition louable (1 Tim 3.1). Mais ici il est suivi d’un adjectif dérivé du nom κοσμικός kosmikos, monde, qui, dans ce contexte, a une connotation négative. En 2 Tim 4.10, le mot αἰών aiôn a une connotation similaire. Le démonstratif ce monde est sous-entendu, mais se justifie par les mots dans le temps présent qui suivent.f
pour que nous vivions dans le temps présent avec réserve, justice et piété : la conjonction pour que ne figure pas en grec, mais semble justifiée par le verbe vivions à l’aoriste subjonctif en grec. Certaines versions commencent une nouvelle phrase en disant, « Ainsi nous pourrons mener… une vie…. ». Le texte grec a l’ordre inverse, par lequel les trois notions caractérisant la conduite chrétienne figurent avant le verbe.
La première notion n’est pas nouvelle : il s’agit de l’adverbe σωφρόνως sôphronôs, apparenté aux différentes formes de la racine déjà vue en 1 Tim 3.2 et dans cette lettre (Tite 1.8 ; Tite 2.2, Tite 2.5, Tite 2.6, Tite 2.12). Bien que la Traduction œcuménique de la Bible parle de réserve, le mot désigne encore une fois quelqu’un vit sa vie avec un certain « bons sens » ou réflexion.
Deuxièmement, nous devons vivre d’une manière juste, l’adverbe δικαίως dikaios, venant de la racine pour « justice ». Voir Tite 1.8.
La troisième notion est aussi exprimée par un adverbe, εὐσεβῶς eusebôs, « pieusement ». Voir Intro et 2 Tim 3.12.
La Bible en français courant et la Parole de Vie parlent d’une vie « raisonnable, juste et fidèle à Dieu ». Mais dans certaines langues, on pourra dire « …pour que nous vivions d’une manière sage/réfléchie, juste et pieuse ».
Le temps présent rend l’expression ἐν τῷ νῦν αἰῶνι en to nun aiôni, qui peut renvoyer à « ce monde d’aujourd’hui » (Bible en français courant, Parole de Vie) ou « le temps qu’on vit aujourd’hui » (Nouvelle Français courant). Ailleurs l’expression a une connotation négative (2 Tim 4.18), mais ici il est plus neutre.
Source: Zogbo, Lynell & Ellingworth, Paul La lettre à Tite – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.
