Commentaire sur la traduction de l'Ecclésiaste 5.19

Qohéleth termine cette unité sur une note très positive, en décrivant cette personne à qui Dieu donne le pouvoir de profiter de ses biens matériels. Ces propos commencent par la conjonction כִּי kî que certains interprètent comme indiquant une affirmation emphatique, « En effet » (Nouvelle Bible Segond). D’autres y voient une sorte de conclusion, et commencent par « Alors » (Parole de Vie) ou « Ainsi » (La Bible du Semeur). La Traduction œcuménique de la Bible insère un non, qui sert à mettre en relief ce qui suit.

il ne songe guère aux jours de sa vie : il s’agit de la personne décrite en Ecc 5.18. Ainsi on pourrait parler de « cet homme » ou plus généralement, « cette personne ». Mais certains vont encore plus loin en pensant qu’il s’agit de tout être humain. Voir Bible en français courant. L’hébreu dit litt. « il ne se souvient pas beaucoup », avec la racine fréquente רבה rbh, « être beaucoup, en abondance ».

Pour jours de sa vie, voir Ecc 5.17. Comme ailleurs, on peut réduire à « sa vie ». songer guère aux jours de sa vie est une expression idiomatique en hébreu qui insiste sur la brièveté de la vie. On pourrait dire « il ne pensera pas à la durée/longueur de sa vie ». Mais dans plusieurs langues, il sera plus facile de reformuler en disant, par exemple, « Il oublie combien sa vie est courte ».

tant que Dieu le tient attentif à la joie de son cœur : ce propos commence aussi par כִּי kî, mais ici il introduit une raison. Ainsi on pourrait dire « parce que » ou « car ». Le texte est un peu compliqué, litt. « car Dieu s’occupant avec la joie de son cœur ».

le tient attentif est une bonne traduction du participe du verbe hébreu ענה ʿnh, ici au sens plutôt positif. Voir Ecc 1.13 pour une utilisation dans un contexte négatif, et Ecc 3.10 pour une utilisation dans un contexte neutre. On pourrait aussi dire « le tient occupé » (Romerowski : 283).

Pour joie voir Ecc 2.1, Ecc 2.10, Ecc 2.26. Parfois ce mot semble renvoyer aux joies physiques ou le plaisir. Ici il s’agit de la joie du cœur.

Les traductions dans certaines versions françaises sont peu naturelles (Nouvelle Bible Segond). D’autres sont naturelles, « Dieu remplit son cœur de bonheur » (Bible en français courant, Parole de Vie), mais omettent un élément : « s’occupant ». La personne est tellement « occupée » à être contente qu’elle ne se rend pas compte du passage du temps.

Ainsi Qohéleth termine cette partie de sa réflexion par une note très positive. Même si la vie est pleine de souffrances, de troubles et de choses qu’on ne comprend pas, il reste quand même une part de bonheur ou joie, que le Sage voit comme un don de Dieu.

La réflexion sur la richesse continue.

Source: Zogbo, Lynell. L’Ecclésiaste – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.