Commentaire sur la traduction de la première lettre de Pierre 3.13

3.13-17

Dans ce passage, Pierre revient au thème de la souffrance non méritée qu’il a déjà mentionnée à propos des esclaves chrétiens ( 1 Pierre 2.18, surtout 1 Pierre 2.19). Il applique ce thème maintenant à l’ensemble de la communauté chrétienne. Dans ce qui précède, Pierre a laissé entendre que ses lecteurs avaient à subir diverses sortes d’épreuves ou de difficultés (1 Pierre 1.6 ; 1 Pierre 2.12), même si la lettre ne précise pas d’où elles venaient. Mais, à la lumière de 1 Pierre 2.12, il se peut qu’elles aient été provoquées par des voisins ou des parents païens qui n’auraient pas supporté que leurs proches adhèrent à la foi chrétienne. Une autre cause de difficulté pouvait être due aux autorités, quoi qu’il ne soit jamais dit explicitement dans la lettre que le gouvernement ait lancé une persécution contre les chrétiens à cette époque.

Plusieurs versions commencent un nouveau paragraphe ou même une nouvelle section ici, mais la mention du mal et du bien montre le lien avec ce qui précède. Ce verset présente une question rhétorique dont la réponse sous-entendue est « Personne ».

Et qui vous fera du mal… est littéralement « Et qui faisant du mal à vous ? ». La conjonction Et ( καί kai) est un élément de transition qui peut être maintenu ou supprimé (Bible en français courant). La La Bible du Semeur propose « D’ailleurs », et la Nouvelle Bible Segond « donc » : « Qui donc pourra vous faire du mal… »

Le pronom vous au pluriel se rapporte à tous les lecteurs de la lettre.

fera du mal : en grec, cette idée est rendue par un seul verbe (κακόω kakoô), de la même racine que le mot mal (1 Pierre 3.12). Comme ailleurs, le mal contraste avec le bien. L’expression « faire du mal » peut désigner toutes sortes de façons de causer du tort à quelqu’un ou de le maltraiter. Mais au vu de ce qui précède, elle semble désigner les tourments permanents infligés aux chrétiens ou peut-être, dans un sens spirituel, la mise à l’épreuve de leur foi par les agissements de leurs adversaires. Il est possible que Pierre pense à certains groupes ou individus responsables de ce mal, mais l’accent semble plutôt mis sur le fait que les chrétiens n’ont pas à craindre qu’il leur « arrive quelque chose d’essentiellement ou de définitivement mauvais » dans la mesure où ils sont « zélés pour le bien » (Margot, p. 57-58 ; voir aussi Rom 8.38s.).

Comme le contexte ne précise pas quel groupe ou quel individu est susceptible de « faire du mal » ou « du tort » aux chrétiens, la question rhétorique de ce verset pourrait être rendue par « Quelqu’un vous fera-t-il du mal si vous êtes zélés pour faire le bien ? » Dans certaines langues, une telle question rhétorique pourra être accompagnée de sa réponse : « Personne ». On pourra aussi opter pour une tournure négative, marquant une certitude : « Assurément, personne ne vous fera de mal si vous êtes zélés pour faire le bien ». Mais si possible, il vaut mieux garder la question rhétorique, car le prochain verset admet la possibilité que certains personnes leur feront du mal.

si vous vous montrez zélés pour le bien : litt. « si vous êtes… » ou « devenez des zélateurs du bien ». Paul utilise une expression similaire en Tite 2.14 : « zélés pour faire des actions bonnes » (Bible en français courant). Dans beaucoup de langues, les propositions conditionnelles évoquant des situations réelles ou éventuelles se placement en position initiale, par exemple, « Si vous vous montrez zélés pour le bien, qui va vous faire du mal ? ».

vous vous montrez : il s’agit en grec du verbe « être » ou « devenir ». Être zélé pour quelque chose, c’est désirer cela ardemment, le rechercher « de tout son cœur » (Parole de Vie). La Nouvelle Bible Segond exprime cela avec force : « si vous vous passionnez pour le bien », c’est-à-dire, « si vous désirez vraiment pratiquer le bien » ou « si de toute votre force vous essayez de faire ce qui est bon ».

Le bien est le mot ἀγαθός agathos en grec, désignant le bien au sens absolu, contrastant avec le mal. Mais beaucoup y voient une référence aux actes faits de bonne foi ou pour le bien des autres. Dans le verset qui suit, l’idée de ce bien sera nuancée et combinée avec l’idée de la justice.

Source: Margot, Jean-Claude. La première lettre de Pierre – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.