Si bien que je me dis : le texte en hébreu est litt. « et moi je dis ». La conjonction וְ we exprime une suite logique. Jonas tire une conclusion de sa situation. La plupart des versions commencent une nouvelle phrase ici, mais certains rattachent cette proposition au verset précédant en disant « de sorte que je pensais… ». En hébreu le verbe dire est souvent utilisé pour exprimer la pensée. La Bible en français courant propose donc « je me disais », et la Contemporary English Version, « J’ai pensé… »
Je suis chassé de devant tes yeux : comme souvent dans l’AT, le monde des morts est considéré comme étant coupé de Dieu (voir És 38.11,18). La traduction de la Traduction œcuménique de la Bible rend assez littéralement l’hébreu. La forme du verbe correspond à un passif : « J’ai été chassé » (La Bible Pléiade). En Ps 31.23a, on trouve une tournure presque identique où le verbe ne diffère que par une seule lettre, signifiant « couper/retrancher » au lieu de « bannir/chasser ». Certaines langues opteront pour un actif, comme dans la Parole de Vie : « Tu m’as chassé loin de tes yeux ». L’accent n’est pas sur l’action passée, mais sur le résultat présent de cette action.
de devant tes yeux : les yeux du Seigneur représente sa présence. Certains disent « loin de tes yeux », « loin de tes regards », ou « loin de ta présence ». La Bible en français courant dit tout simplement « loin de toi ». On notera qu’une partie du corps figure pour la troisième fois de façon figurée (Jonas 2.3, Jonas 2.4).
Mais pourtant je continue à regarder vers ton temple saint exprime un fait inattendu. La Traduction œcuménique de la Bible traduit le mot אַךְ ʾak du Texte massorétique par Mais pourtant. Plusieurs d’autres disent « Pourtant » tout court. Une autre version, l’ancienne version grecque de Théodotion est basée sur une forme hébraique avec une différente voyelle : אֵיךְ ʾéyk « comment », qui donne un autre sens : « Comment contemplerai-je encore ton saint Temple ? » (Bible de Jérusalem) Bien que certains préfèrent cette question rhétorique, la particule אַךְ ʾak donne un sens parfaitement acceptable. La Bible du Rabbinat Français introduit un fait inattendu en disant « Mais non ! »
je continue à regarder vers ton temple saint : cette proposition exprime le fait inattendu. Bien que Dieu le chasse, Jonas choisit de se tourner vers lui et chercher sa présence.
continue rend le verbe « ajouter » mais ici le sens semble être « je n’arrêterai pas de… »
Le verbe rendu par regarder veut dire « prêter attention », mais dans ce contexte, regarder vers ton temple saint semble une expression idiomatique pour « prier Yahweh ». En effet, les gens avaient l’habitude de se tourner dans la direction du temple pour prier. Voir, par exemple, Dan 6.11. Certains biblistes pensent que Jonas veut littéralement revoir le temple et revivre la joie du culte là-bas. Mais la majorité des biblistes pensent que Jonas exprime son désir de Jonas de rétablir sa communion avec Dieu.
ton temple saint est litt. « le temple de ta sainteté ». Le temple est la demeure du Seigneur. saint est un terme clé qui désigne les choses qui appartiennent exclusivement à Dieu ou à son culte. Dans certaines langues, on dira « ta maison sainte » mais on pourrait aussi rendre explicite « le temple » ou « la maison où tu es adoré ». Ici il s’agit du temple de Jérusalem, tandis que plus loin (Jonas 2.8), la même expression désigne aussi le lieu céleste où Dieu habite.
Source: Péter-Contesse, René & Zogbo, Lynell. Jonas – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.
