Dans ce verset il y a l’un des rares cas de problèmes textuels du livre. En effet certaines versions omettent les mots en hébreu « dans/à cause de qui ce malheur pour/à nous » (Traduction œcuménique de la Bible, Bible de Jérusalem, Segond Révisée), tandis que d’autres les gardent (La Bible du Semeur, Nouvelle Bible Segond, Bible en français courant, Parole de Vie). Certains proposent qu’il s’agisse d’une répétition de l’expression presque identique du verset précédent (des copistes auraient introduit ces mots dans le texte par erreur). D’autres pensent qu’il s’agit d’une omission involontaire dans quelques textes hébreux et grecs. Mais la Critique Textuelle de l’Ancien Testament donne la note de « A » (très probable) au texte massorétique et il vaudrait mieux suivre sa recommandation ici. Si nécessaire, une note pourrait expliquer le problème. Notons cependant que l’ajout ou l’omission de ces mots n’affectera pas la compréhension du texte.
Ils lui dirent donc est littéralement « et ils dirent à lui ». La conjonction וְ we introduit le prochain événement et pourrait être rendue par donc ou « alors » (Nouvelle Bible Segond, Bible de Jérusalem). ils désignent les marins, avec ou sans le capitaine, et lui, Jonas.
Fais-nous savoir… : l’hébreu dit « raconte-nous, pardon, dans/pour qui ce mal », bien rendu dans plusieurs versions : « Explique-nous… qui nous attire ce malheur » (Nouvelle Bible Segond), « Fais-nous savoir qui nous attire ce mal ? » (La Bible du Semeur), « Raconte, d’où nous vient ce malheur ? » (Nouvelle Français courant). En effet, les marins concluent qu’une personne à bord est à la base de leur malheur. La Traduction œcuménique de la Bible saute plusieurs mots en hébreu pour dire Fais-nous savoir quelle est ta mission, mais ce texte n’est pas à suivre. Les traductions de la Bible en français courant et la Parole de Vie impliquent déjà Jonas, mais là encore, il vaudrait mieux suivre le texte.
En hébreu l’impératif Fais-nous savoir est suivi d’une particule de politesse נָא nâʾ, qui pourrait être rendue par « s’il te plaît » ou « pardon ». Dans certaines langues, la particule ne sera pas naturelle, et ainsi certaines versions l’omettent. Mais notons le comportement de ces marins. Au lieu de se fâcher et de se jeter sur Jonas, ils lui posent très poliment une série de questions. Néanmoins la succession rapide des questions montre que malgré leur retenue, ils s’inquiètent de leur sort et sont impatients de régler la situation. Ils croient que c’est Jonas, désigné par le sort, qui est responsable du mal.
quelle est ta mission : le mot hébreu rendu par mission parle normalement d’un métier, ainsi la Nouvelle Bible Segond dit « Quelle est ton activité ? ». Mais la question peut être autre : « Explique-nous ce que tu fais ici ? » (Bible en français courant) On pourrait aussi dire « Pourquoi tu es ici ? » ou « Qu’est-ce que tu fais sur ce bateau ? »
et d’où viens-tu ? : dans la majorité des langues, il sera facile de rendre cette phrase. L’audience sait déjà que Jonas vient d’Israël. Ces questions expriment la frustration des marins et ajoutent au suspens.
Quel est ton pays ? est litt. « quel pays ? » Dans l’AT, le mot אֶרֶץ ʾèrèç traduit par pays désigne souvent le pays d’Israël, mais dans ce contexte le mot a un sens générique.
de quel peuple es-tu ? est littéralement « et d’où (est) ton peuple ? ». Le mot hébreu utilisé ici pour peuple désigne le plus souvent les Israélites, mais ici a un sens générique. On pourrait dire « de quelle race es-tu ? », « à quelle nation appartiens-tu ? » ou « de quelle tribu es-tu ? ». Chaque langue a sa façon de poser cette question.
Les marins pouvaient s’étonner de trouver Jonas sur le bateau, car les Israélites n’étaient pas un peuple lié à la mer.
Source: Péter-Contesse, René & Zogbo, Lynell. Jonas – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.
