Commentaire sur la traduction de Jonas 1.4

Mais le SEIGNEUR : Mais rend la conjonction וְ we qui a un sens contrastif ici. Ce contraste est aussi exprimé par un changement dans l’ordre des mots. En hébreu habituellement une proposition commence par le verbe, suivi du sujet. Ici l’ordre exceptionnel montre que l’auteur veut insister sur la personne qui agit. La Bible du Rabbinat Français propose « Or », une autre possibilité.

lança rend le verbe טול ṭwl, « jeter » en hébreu, un autre mot qui rentrera dans une série de jeu de mots : le Seigneur « jette » le vent, les marins « jettent » le cargo et puis Jonas ! Les traducteurs pourraient essayer de garder cette répétition ironique, mais beaucoup seront obligés de choisir le verbe ici en fonction du contexte, pour apparaître avec le mot vent. Plusieurs versions en français disent alors que le Seigneur déchaîna un grand vent. La traduction de la La Bible du Semeur et de la Segond Révisée « fit souffler » semble faible. Il y a l’idée de force, qui va de pair avec la soudaineté d’un événement inattendu. Sur quatorze occurrences de ce verbe dans l’AT, quatre se trouve dans ce livre, et dans cet épisode (Jonas 1.4, Jonas 1.5, Jonas 1.12, Jonas 1.15). L’auteur est un conteur par excellence.

sur la mer un vent violent : la Traduction œcuménique de la Bible renverse l’ordre des mots en hébreu. Mais nous recommandons aux traducteurs de suivre l’ordre qui est naturel dans leur langue.

sur la mer : même les cultures loin de la côte peuvent avoir un mot pour la mer. Sinon on peut parler de la « grande eau » ou « l’eau de sel ». La préposition hébraïque rendue par sur veut dire aussi « vers » ou « contre ».

un vent violent est littéralement « un grand vent ». Beaucoup de langues auront un mot plus technique comme « tempête », « ouragan », « cyclone ». Néanmoins, la répétition de l’adjectif « grand » est voulue.

aussitôt la mer se déchaîna est litt. « et il était une grande tempête sur la mer ». La présence de l’expression « et il était » semble ralentir la narration et créer le suspens. Si possible les traducteurs devraient trouver un mot plus fort que « vent » ici. Les mots sur la mer sont répétés mais avec une autre préposition : בְּ be « dans ». Les traducteurs pourront omettre cette répétition mais il est clair que l’auteur utilise ce procédé stylistique pour créer un certain effet. En fait, c’est déjà la troisième fois que le mot « grand » figure dans ce récit.

à tel point que le navire menaçait de se briser : le texte dit littéralement que le bateau « pensait se briser ». Bien que la majorité pensent que ceci veut dire que le navire était sur le point de se briser, il est probable que l’expression חִשְּׁבָה לְהִשָּׁבֵר ḥišševâh lehiššâvér « pensait se briser » est utilisée à cause de l’allitération, où la répétition des consonnes imitent le son d’une tempête. Des expressions idiomatiques pourraient s’utiliser ici : « le bateau risquait de se briser », « le bateau était sur le point se briser » ou « était en danger de se briser ». Dans certaines langues, un idéophone pourrait créer le même effet que l’allitération dans la langue cible.

se briser sous-entend que le bateau va se briser en deux ou en plusieurs morceaux, à cause de la force des vagues. On pourrait aussi dire « Le bateau allait casser en deux ».

Source: Péter-Contesse, René & Zogbo, Lynell. Jonas – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.