Ce verset, qui commence par deux vers parallèles, décrit le jour du Seigneur comme un jour unique dans l’histoire. Ce n’est pas un jour de fête, mais plutôt un jour plein de ténèbres et d’obscurité. Plusieurs mots ici se réfèrent aux moments temporels de l’histoire : jour (2 fois), année, générations (2 fois en hébreu), ainsi que le mot עוֹלָם ʿôlâm, « éternité », rendu dans la Traduction œcuménique de la Bible par plus jamais.
C’est un jour de ténèbres et d’obscurité : en hébreu il n’y a pas de présentatif C’est. Le texte commence par une description : un jour de ténèbres… Dans beaucoup de langues il sera bon de suivre la Traduction œcuménique de la Bible et commencer une nouvelle phrase, par exemple, « Ce jour est un jour de ténèbres… ». Le mot jour en hébreu se réfère aussi bien à une journée de 24 heures qu’à un temps ou période en général. Si nécessaire, les traducteurs peuvent dire « c’est un moment de » ou « c’est un moment où… ».
ténèbres et obscurité : le prophète Sophonie utilise le même paire de mots pour décrire le jour du Seigneur (Soph 1.14,15). Le premier mot ténèbres (hébreu : חֹשֶׁךְ ḥôšèk) décrit ce qui est noir, par exemple, la nuit. Le mot obscurité apparaît en parallèle avec le mot ténèbres. Ce dernier est souvent utilisé au sens figuré pour se référer à un état moral. Dans beaucoup de cultures, comme dans la Bible, la couleur noire représente souvent la tristesse ou le désastre. Les traducteurs doivent déterminer si dans leur langue et leur culture, la couleur noire a la même connotation qu’en hébreu. Dans certaines langues, il n’y aura pas deux termes pour « noir ». Alors les traducteurs pourront utiliser le mot « noir » et puis ajouter une idéophone, un adverbe qui intensifie, ou un autre adjectif qui exprime cette connotation, par exemple, « C’est un jour très noir et triste », « C’est un jour noir zuuun ! ».
un jour de nuée et de sombres nuages : il y a ici un vers parallèle où la notion de nuage exprime un temps morose et triste. Deux termes en hébreu parlent d’abord de nuée, et ensuite de sombres nuages, c’est-à-dire des nuages plus denses et épais. Ce vers peut poser beaucoup de problèmes dans certaines langues car les nuées ou les nuages sont un signe positif. Les nuages amènent la pluie, considérée comme une bénédiction. Si c’est le cas, au lieu de rendre ces images d’une manière littérale, les traducteurs devraient mettre l’accent sur la menace et les dangers que ce jour représente.
Comme l’aurore, se déploie sur les montagnes, un peuple nombreux et puissant : la Traduction œcuménique de la Bible suit l’ordre des mots en hébreu, où le sujet apparaît à la fin de la phrase.
Comme l’aurore : dans beaucoup de cultures, l’aurore ou l’aube est un signe d’espoir, mais ici ce n’est pas sa brillance qui est mise en relief. Il s’agit plutôt de la manière dont l’aurore apparaît dans le ciel quand la lumière du soleil levant s’étend partout. Ainsi ce peuple que Joël décrit, s’étend à travers les montagnes.
se déploie sur les montagnes : il s’agit d’un verbe très général qui s’applique à quelqu’un qui étend un pagne par terre ou tend un filet. Le même verbe est utilisé lorsque les oiseaux étendent leurs ailes. Ces sauterelles ou ce peuple ennemi est en train de s’étendre ou se déployer partout sur les montagnes. S’il n’existe pas de montagnes dans la culture cible, les traducteurs pourront parler de « grandes collines ».
un peuple nombreux et puissant : le mot rendu par peuple est souvent utilisé en hébreu pour parler du peuple d’Israël, mais ici il s’agit d’un peuple ennemi. On pourra simplement dire « un peuple nombreux et fort est en train de s’étendre » ou « s’éparpiller sur/dans les montagnes ».
tel qu’on n’en a jamais vu, tel qu’après lui il n’y en aura plus jamais, jusqu’aux années des générations les plus lointaines : la Traduction œcuménique de la Bible prend beaucoup de liberté avec le texte qui dit littéralement :
comme cela il n’a pas été depuis l’éternité et après
et il n’ajoutera pas jusqu’aux années de génération et génération
Le premier vers communique l’idée que, depuis la création, il n’y a jamais eu un tel jour. Les traducteurs devraient chercher une expression idiomatique pour exprimer cette idée. « Comme cela » veut dire qu’il n’y a jamais eu un jour pareil. « Depuis l’éternité » est un concept spécifique à la culture hébraïque. Dans certaines langues on sera obligé de dire « depuis le commencement des temps jusqu’aujourd’hui ».
Pour le dernier vers, dans beaucoup de langues il vaut mieux commencer une nouvelle phrase, par exemple, « Rien de pareil n’est arrivé depuis le début des temps, de génération en génération ». Encore une fois le traducteur doit chercher des expressions idiomatiques et poétiques pour exprimer ces idées.
Source: Aroga Bessong, Dieudonné P.; Somé, Joachim & Zogbo, Lynell. Joël – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2010.
