En trois petites propositions parallèles, Paul résume sa vie spirituelle et sa marche avec le Seigneur : J’ai combattu le beau combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi. La structure répétitive évoque un certain rythme que les traducteurs devraient essayer d’imiter si possible dans leur traduction. Dans chaque proposition grecque, le complément d’objet direct est mis en relief au début de la phrase. En fait, le bilan que Paul fait est très positif et il en semble fier. Les trois verbes sont au parfait, indiquant un résultat qui dure.
J’ai combattu le beau combat est littéralement « la belle lutte j’ai lutté », où le verbe et le complément d’objet direct proviennent de la même racine, similaire à une construction emphatique en hébreu. Le vocabulaire évoque la compétition athlétique et non pas une lutte entre les gens. Pour combattre, voir 1 Tim 6.12. Les traducteurs devraient voir s’ils peuvent garder la répétition. Sinon, ils pourront utiliser d’autres termes, comme dans la Nouvelle Bible Segond : « J’ai mené le beau combat ». La Bible de Jérusalem ajoute « J’ai combattu jusqu’au bout le bon combat », un ajout qui inspirera peut-être quelques traducteurs.
Dans certaines langues, un tel combat ne pourra pas être qualifié de beau, et on sera obligé de dire, « j’ai bien combattu ».
j’ai achevé ma course est littéralement « la course j’ai achevée » où ma est sous-entendu. L’auteur ne dit pas qu’il a gagné la course, mais simplement qu’il l’a « finie ». Le mot est utilisé dans le même sens en Act 13.25 et 20.23 (où les mots se trouvent dans la bouche de Paul). Le sens semble être que Paul est arrivé, non au bout de certaines tâches, mais au bout de sa vie.
j’ai gardé la foi : en grec cette phrase ressemble en structure aux propositions précédentes : « la foi j’ai gardée ». Quel est le sens de cette expression ? Le verbe garder est le même utilisé dans l’Évangile de Jean lorsqu’au mariage à Cana, le responsable dit au marié, « tu as gardé le bon vin jusqu’à maintenant » (Jean 2.10). Le même verbe est aussi utilisé lorsqu’on parle de « garder les commandements » (Matt 19.17 ; Jean 15.15 ; 1 Tim 6.14). Paul lui-même l’utilise ailleurs lorsqu’il demande aux croyants de « garder l’unité d’esprit » (Éph 4.3) et de « se garder pur » (1 Tim 5.22). L’expression ici pourrait avoir plusieurs sens : (i) Paul est « resté fidèle » à Dieu, (ii) à Jésus-Christ, (iii) aux commandements ou (iv) au contenu de l’Évangile. En note la Bible en français courant suggère une autre possibilité « j’ai été fidèle à ma promesse », mais la majorité pensent qu’il s’agit d’une loyauté envers l’Évangile ou Jésus-Christ. Mais beaucoup de versions traduisent littéralement pour laisser l’interprétation aux lecteurs.
Pour la foi : voir 1 Tim 1.2.
Source: Zogbo, Lynell & Ellingworth, Paul La deuxième lettre à Timothée – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.
