2.19-21
La majorité de versions françaises ne mettent pas de sous-titre ici, puisque la relation entre ce passage et ce qui précède est très étroite. Mais si un sous-titre est désiré, on pourrait parler des « Fondations solides que Dieu a posées » (Nouvelle Bible Segond).
La particule grecque μέντοι mentoi accentue le contraste entre ce qui précède et ce qui suit. Paul dit que même si les faux enseignements persistent et menacent la foi de certains (2 Tim 2.18), Néanmoins, le solide fondement posé par Dieu demeure. Si possible, il faudrait exprimer ce contraste. Plusieurs versions disent « Cependant » (Bible de Jérusalem, La Bible du Semeur, Bible en français courant), et d’autres, « Pourtant » (Nouvelle Bible Segond, Parole de Vie).
le solide fondement posé par Dieu est littéralement « solide fondement de Dieu », mais plusieurs versions insèrent le verbe posé (Traduction œcuménique de la Bible, Parole de Vie, Nouvelle Bible Segond, Bible en français courant, Bible de Jérusalem). En sens primaire, le mot rendu par fondement renvoie à la fondation d’un bâtiment. En 1 Tim 6.19 Paul l’utilise pour parler du « trésor » que les croyants amassent pour l’avenir en faisant de « belles œuvres ». Les biblistes proposent plusieurs possibilités de sens pour cette fondation :
1. Jésus Christ lui-même (És 28.16, cité en Rom 9.33 ; 1 Cor 3.10-12 ; 1 Pi 2.6),
2. le Christ et ses apôtres, ainsi que
3. les prophètes (Éph 2.20),
4. L’Église ou
5. la vérité, telle que l’auteur l’enseigne (Hébr 6.1).
Ajoutant à la difficulté de cette interprétation, plusieurs versions rendent le singulier en grec par un pluriel, « les solides fondations » (La Bible de Jérusalem: Nouvelle édition revue et corrigée, Nouvelle Bible Segond, Bible en français courant, Parole de Vie). Ces versions ont certainement fait ce choix pour introduire les deux propos qui suivent, qui sont inscrits sur cette fondation. Devant cette métaphore assez compliquée, la meilleure solution serait peut-être de rendre le texte tel qu’il est en grec et de laisser son interprétation aux lecteurs. Dire « Dieu a établi le Christ/l’Église/la vérité sur lequel on a écrit… » n’aura aucun sens. Si un mot pour fondement ou fondation n’existe pas, les traducteurs pourront peut-être parler d’une pierre, en disant par exemple, « Dieu a posé une pierre inébranlable où il est écrit… »
solide : ce mot renvoie premièrement à ce qui ce qui ne bouge pas, ce qui est ferme. Dans le cas de nourriture, il décrit ce qui n’est pas liquide (Hébr 5.12). Ici le mot modifie le mot « fondation » et désigne quelque chose qui dure. Par extension, cette métaphore veut dire que, ce que Dieu pose est fiable et ne change jamais. Malgré les faux enseignements (2 Tim 2.17, 2 Tim 2.18), rien ne peut changer la validité des actes et des paroles de Dieu.
demeure traduit un verbe au parfait qui indique un état durable. On pourra dire « tient bon », « reste solide » ou « résiste » (Parole de Vie), sous-entendu, aux attaques des adversaires.
il a pour sceau cette parole est litt. « ayant ce sceau ». Dans l’antiquité un sceau était une sorte de tampon utilisé pour marquer l’appartenance de quelque chose à quelqu’un. Un tampon ou une bague était enduit d’encre ou de cire et l’objet en question était marqué par ce sceau. Dans certaines lettres de Paul, il utilise ce mot de manière figurée, pour dire, par exemple, que Dieu « nous a marqués de son sceau » en nous donnant l’Esprit Saint (2 Cor 1.22). Le sceau révèle l’identité de la personne qui a posé le sceau. Ce qui est marqué ne peut pas être changé. La marque du seau indique la permanence de l’inscription. Certaines versions maintiennent l’image de sceau. La La Bible du Semeur dit que le fondement « porte, en guise de sceau, les inscriptions suivantes ». La Nouvelle Bible Segond garde l’image en disant que les fondations solides sont « scellées de ces paroles ». D’autres abandonnent l’image du sceau pour dire « Les paroles suivantes sont gravées » (Bible en français courant) ou plus simplement « Voici les paroles qui sont écrites sur elles ».
Le Seigneur connaît les siens : ces paroles sont censées rassurer les gens qui font face à de tels faux enseignants. La citation est tirée de Nomb 16.5, selon la Septante, littéralement « Le Seigneur a connu ceux étant de lui ». Ces mots évoquent en fait la révolte de Coré et ses compagnons contre l’autorité de Moïse. Leur punition fut d’être engloutis par « la terre qui se fendit à leurs pieds » (Nomb 16.31). Cette allusion semble suggérer que ceux qui enseignent de fausses doctrines subiront une peine semblable. Surtout si le NT est publié seul, ces informations pourraient figurer en note. Sur la présentation des citations de l’AT, voir Introduction aux lettres pastorales et le commentaire à 1 Tim 5.18.
Dans cette citation de l’Ancien Testament, le Seigneur renvoie à Yahweh ou en termes chrétiens, Dieu le Père. Les siens sont « ceux qui lui appartiennent » (Nouvelle Bible Segond, La Bible du Semeur) – ceux qui lui sont fidèles. Pour connaître, il s’agit du verbe générique comme en 1 Tim 1.18.
Qu’il s’éloigne de l’iniquité, quiconque invoque le nom du Seigneur : la source de cette citation est discutée. Les mots rappellent en partie Ps 34.15 ; Prov 3.7 et És 52.11. La Traduction œcuménique de la Bible suit l’ordre grec ici avec le sujet quiconque invoque le nom du Seigneur situé après l’injonction, qu’il s’éloigne de l’iniquité.
qu’il s’éloigne de l’iniquité : il s’agit du même verbe qu’en 1 Tim 4.1. Son sens se rapproche de « s’écarter » du verset précédent. D’autres parlent de « se détourner » (La Bible du Semeur, Bible en français courant) ou « éviter » (Bible de Jérusalem).
iniquité rend le mot grec ἀδικία adikia, le négatif ou l’opposé du mot « justice ». Ainsi la Nouvelle Bible Segond parle de l’« injustice », mais d’autres utilisent un mot générique pour le mal.
quiconque invoque le nom du Seigneur est littéralement « celui nommant le nom du Seigneur ». Il s’agit d’une construction double (le nom et le verbe provenant de la même racine), comme il est parfois le cas en hébreu lorsqu’on veut mettre une idée en relief. Quelqu’un qui « nomme le nom du Seigneur » n’est pas quelqu’un qui tout simplement dit le nom de Dieu ou l’interpelle une ou deux fois. Il s’agit de la personne qui suit le Seigneur. Ainsi la Bible en français courant parle de « celui qui déclare appartenir au Seigneur ». La Parole de Vie est similaire, mais utilise une citation directe « Celui qui dit : J’appartiens au Seigneur… » Invoquer le nom du Seigneur veut dire, en fait, « prier et adorer le Seigneur » d’une manière habituelle.
Comme nous l’avons souvent vu, dans les Pastorales le mot Seigneur : peut renvoyer soit à Dieu le Père, soit à Jésus-Christ. Dans ce contexte où l’Ancien Testament semble cité, le mot désigne Dieu le Père. Ainsi peut-être certaines langues rendront-elles ceci d’une manière explicite en parlant de « Seigneur Dieu ».
Source: Zogbo, Lynell & Ellingworth, Paul La deuxième lettre à Timothée – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.
