Même si ce verset n’est pas très difficile du point de vue de la traduction, quant à son exégèse, il constitue l’un des plus difficiles du NT. Les débats demeurent en ce qui concerne le sens réel de ce passage. Il faut peut-être ici évoquer un arrière-plan possible, celui du gnosticisme, qui regardait d’un mauvais œil la sexualité, même au sein du mariage.
Bien que le texte semble continuer du 1 Tim 2.14, beaucoup de versions commencent une nouvelle phrase ici. Le verset commence par la conjonction δέ de qui sert de transition et semble exprimer un contraste. Celui-ci est exprimé dans de multiples versions : « Néanmoins » (Bible de Jérusalem, Nouvelle Bible Segond), « Pourtant » (Parole de Vie), « Mais » (La Bible du Semeur) et Cependant (Traduction œcuménique de la Bible, Bible en français courant).
elle sera sauvée par la maternité est littéralement « elle sera sauvée par/au moyen de/à travers la maternité » ou « l’enfantement ». Le premier problème concerne la référence du pronom elle, marquée en grec sur le verbe. Est-ce que cette référence au singulier renvoie à Ève, mentionnée ouvertement en 1 Tim 2.13 ? Aux femmes en général, mentionnées en 1 Tim 2.9 et implicitement en 1 Tim 2.11 ? Ou encore, seulement aux femmes chrétiennes ? À lire le texte d’une filée, certains ont compris qu’il s’agit d’Ève (voir La Bible du Semeur). Mais une référence à un salut futur d’Ève, suggérée par certains, ne semble pas justifiée. Il est plus probable que Paul revient au sujet des femmes en général ou les femmes chrétiennes. Citant les mots qui suivent (foi, amour, sainteté), Dibelius et Conzelmann optent pour cette dernière interprétation.
sauvée rend le verbe clé σῴζω sôzô, qui parle non seulement d’une délivrance physique, mais surtout chez Paul d’une délivrance spirituelle. Ici, dans le contexte d’accouchement, il est fort possible qu’il s’agisse des deux. Les problèmes d’interprétation persistent, car, clairement, à travers les siècles, ni toutes des femmes en général ni toutes les femmes chrétiennes n’ont échappés à la mort physique pendant l’accouchement. Ève a été condamnée aux douleurs de l’enfantement. S’agira-t-il d’une délivrance de celles-ci ?
par sa maternité pose un autre problème d’interprétation, d’abord parce que la préposition διά dia en grec pourrait avoir plusieurs sens : « à travers » ou « au moyen de ». Le sens aussi de maternité, « en ayant des enfants » (Bible en français courant, Parole de Vie), « en devenant mère » (Bible de Jérusalem, Nouvelle Bible Segond) reste ambigu. Il est clair qu’une interprétation littérale par laquelle la maternité serait une œuvre qui fait mériter le salut, n’est pas conforme aux doctrines du NT. Une interprétation possible, c’est que les femmes croyantes seront gardées à travers les dangers de l’accouchement, à condition de persévérer dans la foi.
à condition de persévérer dans la foi, l’amour et la sainteté, avec modestie est littéralement « si elles demeurent dans la foi et l’amour et la sanctification avec discrétion ». La même question se pose de savoir s’il s’agit d’une ou plusieurs femmes, les mêmes ou différentes ? Plusieurs versions évitent le problème de référence en utilisant une expression comme à condition de. D’autres pensent qu’il s’agit d’un seul référent et décide de maintenir le singulier « la femme », sous-entendu, en général, aux deux endroits. Voir Bible en français courant et Good News Bible. Si cette solution est adoptée, il vaudrait mieux offrir une explication en note. La La Bible du Semeur présente une interprétation assez unique, suggérant que la première « elle » renvoie à Ève, qui « sera sauvée grâce à sa descendance », c’est-à-dire par le Christ, et la deuxième, aux femmes en général, « Quant aux femmes, elles seront sauvées si elles persévèrent… » Cependant plusieurs biblistes pensent que cette première interprétation « christologique » (« elle sera sauvée par la naissance de l’enfant Jésus ») est difficilement justifiée par le texte grec.
Préserver veut dire « continuer dans », « demeurer dans » (Bible en français courant). La Parole de Vie dit « elle doit garder fidèlement la foi et l’amour… »
dans la foi, l’amour et la sainteté, avec modestie énumère les qualités que ces femmes devraient garder. Pour foi, voir 1 Tim 1.2. Pour amour, voir 1 Tim 1.5.
Le mot sainteté, en grec ἁγιασμός hagiasmos, parle à la fois de la pureté, de la sanctification et de la consécration à Dieu. La La Bible du Semeur parle de la persévérance « dans la foi, dans l’amour et dans une vie sainte ». La Parole de Vie combine la notion de sainteté avec celle de modestie, pour parler des femmes « menant une vie simple qui plaît à Dieu ».
Pour modestie, voir 1 Tim 2.9.
Nous sommes loin de comprendre les complexités de ce verset, mais le traducteur devrait essayer de rendre le texte d’une manière compréhensible. Une possibilité serait de dire « Cependant les femmes (chrétiennes) seront préservées [ou “Dieu les préservera”] du danger de l’enfantement, à condition que/si elles continuent à croire (en Jésus Christ), à aimer (Dieu et les autres), à être consacrées à Dieu et à vivre avec modestie ». La version espagnole Dios Habla Hoy dit « Les femmes seront sauvées lorsqu’elles rempliront leurs fonctions maternelles », où le grec « si » est pris au sens temporel.
Les deux premières sections de ce chapitre ( 1 Tim 3.1, 1 Tim 3.8) traitent de l’organisation d’une communauté chrétienne locale, par exemple l’église d’Éphèse. Dans ces passages, Paul met l’accent sur ceux qui exercent des responsabilités particulières. La dernière section ( 1 Tim 3.14) passe rapidement d’une remarque personnelle (1 Tim 3.14) à un résumé de la foi en Jésus Christ.
Source: Zogbo, Lynell & Ellingworth, Paul La première lettre à Timothée – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.
