Commentaire sur la traduction de 1 Timothée 1.2

à Timothée, mon véritable enfant dans la foi : comme dans toutes les lettres de cette époque, le destinataire est annoncé dès le début. Timothée est un personnage bien connu du NT. Il est mentionné 17 fois dans les lettres de Paul et 7 fois ailleurs dans le NT. « Fils spirituel » de Paul, il a accompagné Paul dans son troisième voyage d’évangélisation. Dans certaines langues, il vaudrait mieux rendre explicite ce qui est sous-entendu ici : « J’écris cette lettre à Timothée… »

mon véritable enfant dans la foi : il s’agit d’une expression figurée qui exprime la relation entre Paul et Timothée. Paul considère Timothée comme son fils. Les mots dans la foi parlent d’un lien spirituel important et il est fort probable que ce soit Paul qui ait amené Timothée à la foi en Jésus-Christ. Voir Luc 16.25 ; 1 Jean 3.1. La traduction ne doit pas donner au lecteur l’impression que Timothée était littéralement son fils. La Bible en français courant et la Parole de Vie remplacent enfant par « fils », ce qui est possible, si cela convient mieux.

véritable signifie « légitime » ou « authentique ». Paul emploie le même langage à propos de Tite (Tite 1.4 ; voir aussi Phil 4.3). La Bible en français courant dit « mon vrai fils », ce qui sera un bon modèle.

dans la foi : certains pensent que cela veut dire « à cause de notre foi commune en Jésus Christ », alors que d’autres y voient une allusion au fait que Paul aurait amené Timothée à la foi (1 Cor 4.15 ; Gal 4.19). Le mot foi est un terme clé chez Paul, mais il n’est pas toujours facile de le rendre dans la traduction. En certaines langues, on sera obligé de dire ici « en ce qui concerne notre foi » ou « ce que nous croyons ».

grâce, miséricorde, paix de la part de Dieu : comme c’est souvent le cas dans les lettres de Paul, l’apôtre prie que Dieu accorde à son destinataire, Timothée, certaines bénédictions. Le texte dit litt. « grâce, miséricorde, paix de Dieu père et Christ Jésus notre Seigneur ». Dans beaucoup de langues, il faudrait insérer un verbe et reformuler, par exemple : « Que la grâce, la miséricorde et la paix te soient données de la part de… » Dans certaines, il vaudrait mieux faire de Dieu le sujet : « Que Dieu le Père et Jésus-Christ notre Seigneur t’accordent/ te donnent la grâce… » (Bible en français courant, Nouvelle Français courant). Paul emploie la même expression en 2 Tim 1.2. Voir aussi Tite 1.4.

La grâce (χάρις charis), est un terme clé polysémique qui devrait être rendu selon le contexte. Dans ce type de bénédiction, le mot renvoie à l’amour, à la faveur ou à la bienveillance de Dieu.

Le mot miséricorde (ἔλεος eleos) renvoie le plus souvent à la compassion (Nouvelle Bible Segond). Bien que certaines versions utilisent un mot plus général (« la bonté », La Bible du Semeur, Nouvelle Français courant) ou même « le pardon » (Bible en français courant), le terme désigne la pitié que Dieu a pour chaque être humain qui le mène à agir en notre faveur en envoyant son fils pour nous sauver.

La paix (εἰρήνη eirênê) est un autre terme clé avec plusieurs sens. Dans certains contextes, il signale un manque de conflit (Eccl 3.8). Ailleurs, Paul explique que Jésus-Christ établit la paix entre le croyant et Dieu. Mais ici, il désigne plutôt un état de bien-être qui vient de Dieu. Plusieurs langues ont des expressions figurées ou idiomatiques pour exprimer cet état, parfois liées à un mot comme « fraîcheur ».

Bien que ce genre de salutation soit fréquente dans les lettres des apôtres et souvent rendue d’une manière littérale, sa traduction s’avère difficile dans plusieurs langues. Les traducteurs devraient étudier les trois termes clés et rendre cette salutation d’une manière dynamique si nécessaire. La Parole de Vie propose : « Que Dieu le Père et le Christ Jésus notre Seigneur te bénissent, qu’ils te montrent leur amour et te donnent la paix ! ».

de la part de Dieu le Père et du Christ Jésus notre Seigneur : Dieu le Père et le Sauveur Jésus-Christ sont présentés comme la source de ces bénédictions. L’action des deux est étroitement liée. La notion de Dieu comme Père de Jésus Christ n’est pas développée ici. Dans certaines langues, il sera nécessaire de préciser « Dieu notre Père » (voir 1 Tim 1.1).

notre Seigneur : dans l’AT en hébreu et sa traduction en grec (Septante), le titre κύριος kurios, « Seigneur », est souvent utilisé pour rendre le nom personnel du Dieu d’Israël, Yahweh. Dans le NT, on utilise le terme de plusieurs manières, pour signaler des patrons humains (chef, patron, propriétaire) ou certaines divinités. Mais ici, il renvoie à Jésus. Bien que cela ne s’entende pas à l’oral, la majorité des versions mettent une lettre majuscule ici.

Source: Zogbo, Lynell & Ellingworth, Paul La première lettre à Timothée – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.