Commentaire sur la traduction de 1 Timothée 1.13

moi qui étais auparavant blasphémateur : bien que 1 Tim 1.13 continue la phrase débutée en 1 Tim 1.12, la Parole de Vie commence ici une nouvelle phrase : « Pourtant, avant, je l’avais insulté… ». Il s’agit en effet d’un participe « [moi] étant blasphémateur ».

auparavant signifie « avant de devenir chrétien » ou « avant de croire au Christ ». Dans certaines langues, il sera bon d’insérer une conjonction plus forte, comme dans la Parole de Vie ci-dessus. On pourrait aussi dire « autrefois » ou utiliser un idéophone.

En français, blasphémateur est lié au nom « blasphème », qui désigne une parole qui outrage Dieu, une divinité ou quelque chose de sacré. En grec, le terme βλάσφημος blasphêmos, utilisé et en 2 Tim 3.2, ainsi que des mots apparentés (1 Tim 1.20 ; 1 Tim 6.1, 1 Tim 6.4 ; Tite 2.5 ; 3.2), désignent l’action de dire du mal, soit d’une personne surnaturelle, soit d’un être humain. Le texte ne mentionne pas vers qui Paul est blasphémateur, mais la majorité des versions comprennent qu’il s’agit de Dieu. La Traduction œcuménique de la Bible, la Nouvelle Bible Segond et la Bible de Jérusalem ne rendent pas explicite ce fait, mais plusieurs versions le font : « bien que j’aie dit du mal de lui » (Bible en français courant), « je l’avais insulté » (Parole de Vie), « moi qui… l’ai offensé ». Certaines langues auront une expression idiomatique, comme « gâter le nom ».

et persécuteur : le terme grec διώκτης diôktês, ne se trouve qu’ici dans tout le NT, mais le verbe apparenté est très fréquent. Voir Act 9.4,5 ; 22.7,8 ; 26.11,14,15 ; 1 Cor 15.9 ; Gal 1.13,23 ; Phil 3.6. Avant sa conversion, Paul persécutait avec ardeur les différentes communautés chrétiennes. Un persécuteur brutalise, attaque ou fait du mal exprès aux autres, que ce soit physiquement ou verbalement. Bien que la La Bible du Semeur propose que Paul persécute Dieu, il vaut mieux comprendre qu’il persécute les chrétiens.

violent, un mot qui ne paraît qu’ici et en Rom 1.30, parle d’hostilité ou d’agressivité d’une personne envers les autres. La Bible de Jérusalem parle d’« un insulteur », mais on pourrait aussi dire « insolent » (Nouvelle Bible Segond). Il est difficile de savoir si cette agressivité était contre des gens ou Dieu. La Bible en français courant opte pour la dernière interprétation : « bien que… je l’aie… insulté ». Mais l’un n’exclut pas l’autre. La violence que Paul pratiquait contre les chrétiens (Act 9.2) était en même temps une violence contre le Seigneur (Act 9.4).

Mais il m’a été fait miséricorde : ici, le texte grec a la plus forte des deux conjonctions de contraste, ἀλλά alla. Paul insiste sur la différence entre sa conduite antérieure et sa conduite actuelle. On pourrait dire Mais ou « cependant » (Nouvelle Bible Segond). Certaines versions commencent une nouvelle phrase, mais d’autres laissent couler la phrase.

il m’a été fait miséricorde est littéralement « j’ai été traité avec compassion ». La Bible en français courant et la Parole de Vie introduisent Dieu comme agent : « Dieu a eu pitié de moi », mais en regardant le texte, il semble s’agir plutôt du « Seigneur » ou de « Jésus Christ » (Bible de Jérusalem). Le verbe ἐλεέω eleeô, « avoir compassion, pitié », revient très souvent dans le NT. Voir par exemple Matt 5.7 ; Rom 9.18 ; 2 Cor 4.1 ; Phil 2.27, parmi d’autres.

parce que j’ai agi par ignorance, est littéralement « parce-que ne-sachant-pas, j’ai fait dans [ou “par”] incrédulité ». Paul agissait ainsi parce qu’il ne connaissait pas Jésus-Christ comme Seigneur et Sauveur. Il faut rappeler que dans l’AT, il y avait parfois une distinction entre des péchés commis par inadvertance, c’est-à-dire involontairement, et ceux commis volontairement. Voir Nomb 15.22-31 ; Lév 4.13ss. La Parole de Vie est très dynamique ici : « J’agissais ainsi sans savoir ce que je faisais ». La Nouvelle Français courant dit « je n’avais pas conscience de ce que je faisais ».

n’ayant pas la foi est littéralement « j’ai fait en ἀπιστία apistia », avec le préfixe négatif a– suivi du mot πιστία pistia. Cela veut dire que Paul a agi sans avoir la foi, c’est-à-dire avant de l’avoir. Pour foi, voir 1 Tim 1.2. On pourrait dire « parce que je ne croyais pas [encore] en Jésus Christ ». La Bible en français courant inverse les deux dernières propositions disant « …parce que j’étais privé de la foi et ne savais donc pas ce que je faisais ».

Source: Zogbo, Lynell & Ellingworth, Paul La première lettre à Timothée – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.