Paul utilise un style très rythmique. Dans le verset précédent Rom 8.16, il y a la mention d’enfants de Dieu. Ce verset prend le mot Enfants comme point de départ, Enfants, et donc héritiers. Mais le grec est plus complet avec une proposition conditionnelle, litt. « Or si [nous sommes] enfants… », une condition réelle qui affirme sans aucun doute que nous sommes effectivement des enfants de Dieu. Avec l’ajout d’un verbe « nous sommes », dans la majorité des langues, ce style sera bien compris et apprécié. Comme ailleurs où figure l’expression εἰ δὲ ei de (« mais si »), on pourrait aussi dire « Puisque… » (La Bible du Semeur) ou, sous une forme affirmative, « Nous sommes ses enfants » (Bible en français courant) ; voir aussi « Et du moment que nous sommes ses enfants… » (Parola del Signore).
et donc héritiers : héritiers de Dieu : la conséquence d’être enfants est que nous sommes « aussi héritiers, héritiers même de Dieu », forme répétitive qui met en exergue cette vérité. Le terme grec pour héritiers est le même qu’en Rom 4.13, Rom 4.14. Au sens biblique, les héritiers de Dieu sont ceux qui bénéficient des dons que Dieu accorde à son peuple. Dans l’AT, la notion d’héritage est souvent en rapport avec le peuple d’Israël, appelé à recevoir le pays que Dieu lui avait promis. Mais cette notion prend aussi un sens plus général et spirituel en divers passages. Dans l’ensemble du NT, il convient de la comprendre au sens spirituel. Il est important de ne pas suggérer que les croyants vont recevoir quelque chose après la mort de Jésus ou de Dieu, voir Rom 4.13. Si ce langage figuré ne communique pas bien l’idée, on pourrait dire « nous aurons aussi part aux biens que Dieu a promis à son peuple » (Bible en français courant) ou « nous recevrons en partage les biens promis par Dieu à son peuple » (Parole de Vie).
cohéritiers de Christ est litt. « mais cohéritiers de Christ ». Le mot cohéritiers est un nom composé : « avec » + héritiers. Cette notion n’est pas facile à exprimer. On pourrait dire « nous y aurons part avec le Christ » (Bible en français courant), « et nous posséderons aussi avec le Christ ce que Dieu a gardé pour lui » (Good News Bible). Dans certaines langues, ce sera « le Christ et nous, nous posséderons les biens (de Dieu) ensemble ».
puisque, ayant part à ses souffrances, nous aurons part aussi à sa gloire : la première partie de cette phrase dit litt. « si du moins nous souffrons avec (sous-entendu Christ)… » La conjonction grecque εἴπερ eiper, qui se trouve aussi en Rom 8.9, signifie « si du moins », une conjonction qui implique avec force que Paul envisage une telle réalité. C’est pourquoi la Traduction œcuménique de la Bible la rend par puisque avec, en note, « D’autres traduisent : si vraiment ».
Pour souffrir avec, 1 Cor 12.26. Dans certaines langues, une possibilité serait de placer la proposition conditionnelle après la proposition principale, par exemple « car nous aurons part à la gloire du Christ si vraiment nous participons à ses souffrances », mais dans la majorité des langues, la condition précédera la conséquence.
nous aurons part aussi à sa gloire est litt. « et aussi pour que (ἵνα hina) nous soyons aussi glorifiés avec (lui) ». Le verbe « être glorifié avec » ne se trouve qu’ici dans le NT. Le thème de la souffrance et de la gloire est une notion caractéristique du NT. Il se fonde sur la conviction que les croyants ont à suivre la même voie que leur Seigneur et qu’ils recevront la même récompense que lui. Dans certaines langues, on pourrait dire « si vraiment nous souffrons avec le Christ, nous aurons également la même gloire que lui ». En grec, cette dernière proposition implique un but ou une conséquence. Certains diraient « pour être aussi glorifiés avec lui » (Nouvelle Bible Segond, Bible de Jérusalem, Osty-Trinquet), « pour avoir part à sa gloire » (La Bible du Semeur).
Le terme gloire est utilisé ici dans le même sens qu’en Rom 5.2. Dans certaines langues, on dira « nous aurons une grandeur semblable à la sienne ».
Source: Margot, Jean-Claude & Zogbo, Lynell. La lettre aux Romains – Manuel de traduction – Commentaire linguistique et exégétique de la Bible. Alliance biblique universelle, 2021.
